Carnet de Bord # 34 – De Vitry-le-François à Château-Thierry

imageAnne-Charlotte de Gondy, après le décès de son premier mari, Louis-François Colbert, épouse en seconde noce en 1661, Pierre Stoppa, Colonel général du régiment des Gardes Suisses sous Louis XIV.

Ce grand officier, allié et intime du Roi, possède son régiment d’infanterie, sa compagnie franche et au fil des ans et des batailles, amasse une immense fortune.
Anne Charlotte de Gondy, de son côté, cousine de la famille Retz, apporte une belle dot.

L’histoire officielle dit que le couple ne put avoir d’enfants et se prit d’affection pour Anne de la Bretonnière, dite Madame de Saint Ange, nommée prieure de l’Hôtel Dieu de Château-Thierry en 1682 par le roi.

Olivier, notre guide à l’Hôtel-Dieu de Château-Thierry, nous dévoile la petite histoire, non documentée mais vraisemblable.
Dans une des grandes salles de l’ancien hôpital, un tableau de famille occupe l’entièreté du pan de mur, entre deux fenêtres.
On y voit à gauche, Pierre Stoppa représenté dans un cadre doré oval. À sa gauche, son épouse nous regarde et le pointe du doigt. Devant lui, à sa droite, une jeune fille porte sur son index, un perroquet nain. Le perroquet est parfois représenté comme symbole de la luxure, « Comme le dit Aristote, il boit volontiers du vin, et est un oiseau excessivement luxurieux » (« ut dicit Aristoteles, vinum libenter bibit, et est avis luxuriosa nimium » )
À ses pieds, un chien, symbole de la fidélité et du droit chemin.

À la droite du couple figure Anne de la Bretonnière en habit de religieuse Augustine.

Il s’avère que le couple Anne-Charlotte de Gondy et Louis-François Colbert se détestaient et ne voyaient jamais. On peut supposer que la jeune fille fille soit l’enfant illégitime d’Anne et de Pierre Stoppa, conçu avant le décès de Colbert et avant leur union sacrée.
Cet enfant, qu’ils présentaient comme étant leur nièce, fut l’objet de leur affection et c’est grâce à leur intervention auprès de Louis XIV qu’elle fut nommée prieure de l’Hôtel Dieu de Château-Thierry.

Ainsi, pour expier leurs péchés, les grands dévots consacrèrent une partie importante de leur fortune à l’embellissement et à la gestion de l’Hôtel Dieu et aux soins des pauvres et des malades, et par la même occasion, garantissaient l’avenir de leur enfant.
Anne de la Brétonniere est enterrée dans la Chapelle, entre ses deux présumés parents.

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Nous nous inscrivons pour la visite guidée qui en saison est organisée, tous les jours sauf le lundi, à 15:00 heures, le rendez-vous est devant l’entrée de la Chapelle.

L’Hôtel Dieu de Château-Thierry est fondé en 1304 par Jeanne de Navarre, reine de France et épouse de Philippe le Bel. C’est un refuge où pauvres, pèlerins, vieillards et malades sont hébergés, nourris, lavés et soignés par des sœurs Augustines.
À l’exception d’une dizaine d’années pendant le début de la révolution, les Augustines restent à Château-Thierry, la dernière d’entre-elles, la soeur Thérèse d’Avila meurt en 1966.

L’histoire veut que sur son lit de mort, elle confia la clé des greniers à madame Micheline Rapine, responsable de l’économat. Cette dernière découvre un amoncellement d’objets précieux et moins précieux que les sœurs avaient entreposés dans les combles de l’hôpital au fil des siècles. Il s’agit de dons et d’héritages provenant des sœurs et des bienfaiteurs ainsi que des objets usuels de l’établissement.

Sage, Micheline Rapine, fait mettre une serrure de sécurité sur la porte d’accès au trésor, réfléchit et se tait pendant sept ans.
Les objets accumulés, objets de culte, mobilier, céramiques, peintures, sculptures, faïences, orfèvrerie, textiles, livres, instruments de médecine et de pharmacie sont ensuite patiemment recensés et restaurés par l’association « Arts et Histoire ».

En 1980, l’évolution des techniques hospitalières exige l’abandon de l’Hôtel-Dieu au profit d’un nouvel ensemble hospitalier sur les hauteurs de Château-Thierry.

Micheline Rapine est nommée responsable de la gestion des lieux au moment du transfert des services de l’Hôpital vers ses nouveaux locaux.
Elle contribue à la création du musée avec l’aide de la Ville de Château-Thierry, de la Communauté de Communes, du Département de l’Aisne, de la Région Picardie et de nombreux mécènes.
Les bâtiments furent restaurés à la façon du XVII-eme abritent désormais sur 1500m2 plus de 1300 oeuvres d’art dont une douzaine sont classées aux Monuments Historiques.

L’Hôtel Dieu reconverti en musée, ouvre ses portes au public en avril 2011. On aime.

De Vitry-le-François à Épernay la Marne est canalisée. À partir de là, nous naviguons sur la rivière. Le trajet est de toute beauté, les rives sont généreusement bordées d’arbres d’essences diverses, saules, châtaigniers, platanes, chênes. La plupart du temps, on ne voit ni maison, ni autres constructions, on croit descendre l’Amazone, sauf pour les saules, les châtaigniers, les platanes et les chênes, bien entendu.

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3 commentaires pour Carnet de Bord # 34 – De Vitry-le-François à Château-Thierry

  1. Thomas MOREL dit :

    Bonjour,
    Je suis directeur du Musée de l’Hôtel-Dieu de Château-Thierry et nous sommes ravis que votre visite vous ait plu.

    J’ai remarqué que parmi les deux visuels du portrait de la famille Stoppa que vous montrez sur votre article, le premier n’est pas l’original de Nicolas de Largillierre que nous conservons au Musée mais une copie… voilà une trouvaille fort intéressante. Pouvez-vous nous dire où vous avez trouvé cette image, et savez-vous où est conservée cette copie ?

    J’attends votre retour avec impatience…

    Bien cordialement,

    Thomas Morel

    • duquelu dit :

      Cher monsieur Morel,
      Je ne me souviens pas où j’ai trouvé la photo en question. Mais une recherche sur la toîle m.a permis de découvrir son auteur. Je vous livre le lien, dans le message suivant.

      Le lieutenant-général Giovanni-Pietro Stuppa, (1621-1701), des Grisons, service de France, en compagnie de son épouse Anne-Charlotte de Gondi (1627-1694) et de sa nièce Anne de la Bretonnière. Huile sur toile d’A. Stumpf, XXe siècle, d’après un tableau attribué à Nicolas de Largillière peint vers 1685-1686 et faisant partie des collections de l’hôtel Dieu de Château Thierry. (Collection du Musée de Penthes)

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