19 – 32 – Skagen, Hjørring, Aalborg et Viborg

En 1807, l’Angleterre attaque le Danemark par la mer. Pour rendre périlleuse l’accès au Kattegat, les Danois éteignent leurs phares, dont celui de Skagen. De nombreux navires échouent sur le récif formé par la rencontre du Skagerrak et du Kattegat. Les débris qui jonchent les plages font la joie des habitants de la région. 

Débarqué du ferry qui de Göteborg nous a transporté vers Frederikshavn, nous remontons vers Grenen, le point le plus au nord du Danemark, à 4 km plus haut que Skagen. À l’endroit où les deux mers se rencontrent, le récif s’élance perpendiculairement à la côte sur plus de 4 km, il est visible sur la photo ci-dessus. 

À cette époque de l’année, fin septembre, nous ne sommes que quatre mobile homes à passer la nuit sur le parking protégé de la mer par de hautes dunes. La nuit, le vent secoue notre roulotte. Toutes les quatre secondes un éclair du phare de Skagen perce l’obscurité. Il pleut.

Le lendemain matin, nous poursuivons notre route vers Hjørring. Le Vendsyssel Art Muséum est situé dans une ancienne usine textile, transformée en musée moderne par les architectes de CF Møller.

Sous le titre de ‘So far Away’, le peintre Jacob Rantzau expose une série de portraits de Danois heureux. Hjørring est une petite ville avec un bon ‘chi’, on se promène dans les rues piétonnières avant de rejoindre la ferme de Birgitte et Jørgen Petersen, l’endroit où nous passons la nuit.

L’année dernière, au musée Kunsten of modern Art à Aalborg, Kurt Trampedach était la vedette de l’exposition temporaire. Cette année-ci le musée expose une sélection d’œuvres du Louisiana, le musée d’art contemporain de Copenhagen. On admire les deux araignées en combat de Louise Bourgeois. Le rez-de-chaussée comporte la collection permanente du Kunsten et une salle entière est dédiée à l’approche expérimentale de l’art, de Carsten Höller. 

Pour en savoir plus sur l’artiste ouvrez le lien suivant: https://kunsten.dk/en/exhibition/carsten-holler-behaviour-10311

J’avais repéré pour la nuit un ‘camping shelter’, à l’est de Aalborg, le long du Limfjord, un endroit idyllique, selon le dire des utilisateurs, sur l’application Campercontact. Un peu partout au Danemark, on y trouve en pleine nature, des cabanes primitives en rondins dans lesquels les campeurs peuvent dérouler leurs sacs à couchages, protégés des intempéries. Celui que je trouve comporte un parking où j’installe la roulotte. En début de soirée un couple arrive, sac à dos sous le bras. On bavarde un moment, ils sont sympas, ils s’installent et pour agrémenter la soirée, et couper le froid, ils allument un feu de bois, devant l’entrée du cabanon. 

On dort profondément lorsque vers deux heures du matin, une voiture arrive à toute vitesse, le brutal freinage sur le gravier nous réveille. Deux hommes en sortent, s’en suit des bavardages, des cris, les portes claquent, ils allument un grand feu de bois, et puis ils se disputent. 

Le couple dans le ‘shelter’, s’est réveillé comme nous. Marleen s’inquiète, sans défaire le lit, je me mets au volant de notre engin, dix kilomètres plus loin, et 20 minutes plus tard, je me range en face du musée Kunsten qu’on a quitté en fin d’après-midi.

L’endroit ne nous est pas inconnu, on y a également passé la nuit en 2018. Le calme et le repos est retrouvé, la vie du nomade demande de la flexibilité. 

Notre dernière halte avant d’arriver chez ma sœur Jacqueline, son mari Jørgen et leur chien berger allemand Raksha, est la galerie NB à Viborg. Nous avons découvert cette galerie l’année dernière et nous avions sympathisé avec Thorkild NB Nielsen, le propriétaire du lieu. 

Il nous a envoyé une invitation pour le vernissage d’une sélection des œuvres de l’artiste Lithuanien Vilmantas Marcinkevicius. Il fête ses cinquante ans, ce dimanche, le 29 septembre 2019.

Voir ci-après pour plus de détails http://gallerinb.com/da/kunstnere/vilmantas

Détail amusant, Vilmantas a décoré le cercueil de T.Nielsen. Il est posé verticalement derrière le bureau de ce dernier. Voir la photo.

Le hasard fait que nous sommes dans le coin et cela nous conduit à participer à la manifestation. On fait la connaissance de l’artiste et de son épouse, on boit une verre, on mange quelques zakouskis et puis on part vers Laven, où nous rangeons la roulotte dans le jardin de ma sœur. 

Mon prochain billet sera le dernier de notre voyage. De Laven on va à Eindhoven chez Will et Marjan et puis on rentre à Gand.

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19 – 31 Uddevalla, Göteborg, Laven, Glückstadt

Quand je prend du retard dans mes écrits, je mélange la chronologie de notre voyage. 

Pour vous aider à vous y retrouver, je joins une carte avec le tracé de notre route. 

Le matin du vendredi 4 octobre 2019, sur parking du port de Aabenraa au sud du Danemark, notre voisine nous offre deux petits pains à la cannelle. Le jeune couple allemand voyage avec un mobile home Ford Transit au toit surélevé. Je leur avais souhaité la bienvenue hier soir lorsqu’ils se sont installés à côté de nous. Les petits pains sont succulents, merci les jeunes. 

Nous venons de passer ici à Aabenraa, notre dernière nuit au Danemark. Le vendredi soir, nous logeons à Glückstadt en Allemagne. La ville est située le long de l’Elbe, au nord-ouest de Hambourg. 

Le samedi matin, nous prenons le ferry qui traverse la rivière. La traversée dure une vingtaine de minutes. Trois ferries assurent le transport. 

La veille, le jeudi 3 octobre en fin d’après-midi, après avoir rangé la roulotte sur le parking situé au bout de la jetée nord du port de plaisance, nous partons en promenade vers le cœur de la ville. En chemin on pousse la porte du ‘Palais für actuelle Kunst’. Le musée est installé dans une ancienne demeure patricienne située le long du port de plaisance. L’entrée est gratuite, à la réception, une dame nous souhaite la bienvenue et nous remet la brochure de l’exposition. Je vous épargne la description des œuvres installées dans les pièces de l’ancien château. Nous sommes ouverts à l’art contemporain, mais notre tolérance à ses limites. 

Avant de quitter les lieux, on rend la brochure à la dame en faisant la moue. Elle éclate de rire et rétorque qu’elle comprend bien notre réaction. Son langage corporel traduit qu’elle partage notre scepticisme quant à la qualité de la production artistique exposée.

Dans mon dernier billet nous étions encore en Norvège, depuis lors, pour la chronologie, nous sommes passés par Uddevalla et Göteborg en Suède et puis par Frederikshavn, Skagen, Hjørring et Aalborg au Danemark.

Ensuite nous avons séjourné à Laven, près de Silkeborg, chez ma sœur et mon beau-frère Danois. 

Chez eux, nous dormons dans notre roulotte parquée dans leur jardin, sur la prairie en face de la maison. Les repas et les retrouvailles se passent dans leur demeure. Le matin, après les pains du petit déjeuner, mon beau-frère Jørgen nous amène dans les forêts qui entourent la propriété, à la recherche de cèpes, de chanterelles et de quelques autres champignons comestibles. Son hobby prend des proportions impressionnantes, chaque année, il met un point d’honneur à en récolter au moins 40 kg. Une fois nettoyés, ma sœur les congèlent. Au fil des mois d’hiver, ils font la joie de sa cuisine ainsi que de leurs amis. Le congélateur de notre roulotte en est également rempli.

Retour en arrière.

Avant le Danemark, nous avons fait une halte à Uddevalla. Le musée Bohusläns de la ville est un ‘tout en un’. Au rez-de-chaussée, l’accent est didactique, on y trouve par exemple, une salle dédiée à l’écologie et en particulier aux déchets que l’homme produit et aux possibilités de recyclage. Plus loin, une maquette grandeur nature de l’intérieur d’un bateau permet aux jeunes de s’inventer des jeux. L’art pictural est omniprésent, du 17ème siècle au contemporain. Une salle est consacrée à l’histoire de la Suède et à la chronique de la ville d’Uddevalla. L’entrée est gratuite, une cafétéria propose la sélection de cafés traditionnels, des gâteaux divers et à l’heure du lunch, un plat du jour. J’y déguste une excellent soupe aux poissons et Marleen un pain de viande, sauce aux champignons. 

Plus au sud, Göteborg est le point de départ de notre voyage. C’est ici que nous avons débarqué du RORO Primula Seaways, venant de Gand, pour entamer notre périple de six semaines de routes en Norvège,

On décide de faire ici, une halte repos et lessives.   

Le camping Lysebergsbyn est parfait. Toutes les facilités nécessaires aux campeurs sont présentes, il est propre, bien pensé, tout fonctionne et le service est impeccable.  

La lessive prend deux heures et entre deux siestes, les musées nous appellent.

Celui de Volvo est un passage obligé, un peu par nostalgie. Dans les années 70, j’ai eu le plaisir  de posséder une PV 544 couleur vert pale. 

Pour la culture, on choisit le musée des beaux arts et le musée des cultures du monde.

Le jeudi 26 septembre 2019, nous traversons le Kattegat par mer calme.

Mon prochain billet sera aussi peu chronologique que celui-ci, mais il expliquera la suite de notre voyage retour.

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19 – 30 Lillehammer, Hamar, Oslo, Fredriksten Festning

Pour fuir le vent et la pluie, nous quittons Ålesund vers l’est par la 136. À Dombås, la route est rejointe par la 6, celle qui mène à Oslo.

L’intérieur du pays est moins dramatique que les routes des fjords, mais le paysage est tout aussi beau. Les lacs se succèdent aux plaines de verdure, nous suivons une ligne de chemin de fer. 

On fait une halte à Lesjaverk, altitude 633,15 m. L’endroit a un relent de Far West. À gauche de la route un magasin Coop vend à peu près tout ce qui est nécessaire à la survie, des conserves, ses fruits et légumes frais, du matériel de pêche, de ski et de promenade en montage, des accessoires automobiles, des chaussures, des bottes et des survêtements de travail et de pluie. En face, à droite de la route, la gare de chemin affiche un train par heure dans chaque direction, de Andalsnes à Oslo en passant par Lillehammer. C’est notre prochain arrêt après Ålesund.

Nous grimpons la colline et campons au pied des tremplins de saut des jeux Olympiques de 1994. 

La vue est spectaculaire, à la fois sur les tremplins et sur la ville en contrebas.

Le soleil est couché, on s’apprête à fermer la roulotte pour la nuit. J’entend au loin, un couinement et des bruits de glisse. Le remonte pente est en fonctionnement, de puissants projecteurs illuminent le stade. Une dizaine de jeunes filles, vêtues de combinaisons noires en matière souple, s’exercent au saut sur les deux tremplins. Avant chaque saut, des puissants jets d’eau aspergent l’herbe artificielle des pentes d’atterrissage.

Il s’agit d’un entraînement d’une équipe allemande. En journée, le lendemain matin, des élèves de l’école de ski locale prennent la relève.

À Hamar, plus au sud sur notre trajet, la galerie d’art appelée Sagbladfabrikk, expose des œuvres du peintre surréaliste norvégien Jan Baker. Nous aimons beaucoup, voir ci-dessous.

On hésite, car nous voulions éviter les grandes villes, mais la tentation est trop forte, et on se parque près du Astrup Fearnley Museum of Modern Art. 

Hervé Missiaen m’a fait découvrir l’application EasyParc qui permet de payer les redevances de parking par téléphone. Un avantage du système est qu’il permet à distance, de rajouter du temps de parking, si nécessaire. Aussi, lorsqu’on quitte l’emplacement avant l’heure prévue, le décompte stoppe et on ne paye que le montant correspondant au temp d’arrêt.

Les salles du musée Astrup Fearnley, coté gauche face au fjord, sont entièrement dédiées à Gilbert et George. Leurs œuvres sont surdimensionnées, politiques, sexuelles et pipi-caca. 

Dans l’autre aile du musée, Daniel Hirst nous séduit un peu plus.

En retournant vers la roulotte, nous découvrons dans la galerie privée Fine Art, les photos en noir et blanc de David Yarrow. Elles sont époustouflantes et valorisent notre détour par Oslo. 

Pour notre dernière nuit en Norvège, nous campons dans la forteresse Frederiksten à Halden. Le camping est fermé pour la saison mais les emplacement sont disponibles et quelques autres mobile homes s’y sont installés.

En fin de journée, un chat gris affectueux, vient nous rendre visite. On suppose qu’il est perdu et je lance un sms sur le numéro qui figure sur son collier. Trine Folmoe répond que c’est son chat, il s’appelle Masterpiece et il aime se promener dans le camping. Il rentre toujours à la maison où l’attend son frère, un chat plus casanier. Elle m’envoie le témoignage de l’affection des deux félins. Nous échangeons quelque messages, il se avère que Trine est artiste peintre et que son mari est photographe. Pour faire sa connaissance cliquez sur son lien http://trinefolmoe.no

J’ai pris de retard dans les écrits mais dans mon prochain billet, je rattraperai le temps perdu.

Uddevalla, Göteborg, Aalborg, Viborg et Laven. 

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19 – 29 – Ålesund, Alnes Fyr et Ørnuld Opdahl

La météo ne ment pas, il pleut presque sans arrêt depuis que nous avons quitté Fjaerland, ses glaciers et ses livres. Nous remontons vers Ålesund en longeant la côte. Pour franchir les fjords, on prend des ferries. Pour séjourner, notre guide allemand nous recommande un Bobilparking, un parking réservé à des mobile homes. Il est situé au cœur de la ville face à l’Ellingsøyfjorden, le bras de mer le long duquel Ålesund a été construit. Le parking offre place à deux rangées de véhicules. Soit le dos à la falaise, soit le nez en bord de mer. Sans réfléchir et heureux de voir les vagues rouler à 2 mètres du pare brise de notre roulotte, je choisis l’emplacement face au fjord. Très vite je comprend pourquoi tous nos voisins se sont mis le dos à la falaise. La pluie tombe en rafale et le vent secoue notre véhicule comme si nous étions en mer. Une marche arrière nous range sagement avec les autres. 

Ålesund est une des haltes de la Hurtigruten, les ferries qui font journellement le trajet de Bergen à Kirkenes et retour, 36 ports à l’aller et autant au retour. Onze jours en tout, six dans le sens sud-nord et cinq dans l’autre sens. Nous avons fait cette croisière au mois de mai, il y a une vingtaine d’années. Les bateaux accostent, chargent et déchargent passagers et marchandises, de jour comme de nuit. L’opération est vieille de plus d’un siècle, c’était à l’époque le seul moyen de joindre les ports situés au fond des fjords. Les routes étaient inexistantes ou difficilement praticables. 

Aujourd’hui la croisière est devenu en plus, une aventure touristique.

En 1903, un violent incendie réduit la ville d’Ålesund en cendre. Il n’y a qu’une seule victime mais des milliers de personnes se trouvent sans abris, ayant perdu tout leurs biens. Un large mouvement de solidarité réveille la Norvège et l’Europe. En trois ans de temps, la ville dont les maisons étaient en bois, comme la majorité des villes du pays, est reconstruite en pierres et en briques. Les architectes s’inspirent des goûts de l’époque et c’est ainsi que Ålesund devient la ville de l’Art Nouveau où Jugendstil. Le musée de l’Art et du Jugenstil, situé face du port, offre un parcours multimédia qui retrace la destruction et la reconstruction de la ville. Des films et des photos de l’époque, nous plongent dans le passé et nous font revivre les événements qui ont marqué cette petite ville portuaire.

Sur notre parking, entre deux averses, nous faisons la connaissance de Hervé Missiaen. 

Il s’adresse à nous en se marrant, vous êtes les deuxième Belges qui, comme moi, en cette saison, parcourent la Norvège en mobile home. Avec son chien, Hervé revient du cap Nord, il rentre en Belgique. C’est un artiste, connu entre autre pour Polyphemus, le Titan, le géant qu’il a exposé à Gand dans le cadre de l’événement ‘Over the Edges’, organisé par Jan Hoet en janvier 2000.

Voir https://smak.be/fr/exposition/7873 et www.100titanen.com 

Il nous explique que dans son atelier à Waregem, il réalise pour le moment une série de 100 portraits de BV, les Flamands connus. Il a déjà réalisé 72 portraits, encore 28 à faire, nous dit-il.

On promet de venir lui rendre visite.

Le matin du troisième jour de la tempête, le vent s’est un peu calmé, nous allons voir les aquarelles de Ørnulf Opdahl, exposées dans le phare de Alnes, sur la pointe ouest de l’île de Godøya.

Une jeune femme radieuse, grande et svelte, nous accueille. À défaut de la complimenter sur son aspect, j’admire la beauté de son lieu de travail.

C’est le paradis, me répond-elle. Je suis la sixième génération à habiter ici. Mon grand-père était pêcheur, les autres membres de ma famille sont dans le bâtiment. Je me fais la réflexion qu’ils ont du participer à la reconstruction d’Ålesund.

Elle nous ouvre la porte du phare, d’étage en étage, nous admirons les œuvres de l’artiste, exposées le long des parois en bois du phare.

C’est un contemporain, il vit sur l’île, pas loin d’ici. Il est proche de notre Reine, à qui il a enseigné la technique de l’aquarelle, nous précise notre guide.

Au comptoir du centre d’information, j’achète un gâteau à la cannelle, on remercie la jeune femme et on rejoint prendre un lunch suivi d’une sieste, dans notre roulotte, sur le parking face à l’océan en mouvement. La vue est sublime.

Ensuite, repus et reposé, nous partons vers l’intérieur du pays, où, selon les sites météo, nous allons retrouver le soleil.

Lillehammer et les rampes de saut à ski sont au programme, ce sera pour mon prochain billet.

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19 – 28 – Skånevik, Leikanger, Sogn, Fjaerland

Je n’aurai pas du l’écrire, c’était tenter le diable. J’ai à peine lancé mon dernier billet que le baromètre se met à chuter avec autant d’enthousiasme que les nombreuses cascades d’eau que nous croisons sur nos chemins de montagne. Il pleut des cordes à longueur de journée. De temps à autre les nuages se déchirent et le soleil apparaît et on voit un arc en ciel. Les prévisions météo des différents sites que je consulte sur internet sont tous du même avis. Sur la côte ouest de la Norvège, la pluie va tomber pendant au moins dix jours encore, sans interruption. 

Voir la carte ci-dessus.

Après notre halte au vieux cimetière de Varhaug et une journée sur la route 134, ses chutes d’eau, ses tunnels et ses paysages hallucinants, on trouve un emplacement pour la nuit sur le parking du Norsk Motor Museum de Skånevik, face à un fjord, évidemment.

En fin de soirée, un monsieur se présente pour récolter les 14€ que coûte la nuitée dans son parking. À l’instar du musée Z à Treungen dans le Telemark, ce musée-ci est privé et géré par six amateurs de moteurs. C’est sympathique mais à la différence du musée Z, c’est un peu un capharnaüm. Au départ conçu pour rassembler des vieux moteurs d’origine diverse, bateaux, auto, moto, tracteurs, tout ce qui marche à l’essence au diesel ou la graisse de friteuse, les organisateurs acceptent actuellement n’importe quel objet pour autant qu’il soit ancien. Le gentil monsieur, retraité comme nous, nous offre une visite privée de son hobby. 

Le lendemain soir, sur un parking en hauteur du Søgnefjord, à un endroit appelé Ysta Djupenik, notre arrêt choisi pour la nuit, une Golf grise, plaque d’immatriculation Belge, s’arrête à 20 de nous. En sortent deux jeunes filles. Elle dressent une tente automatique couleur vert pomme, du genre dont les arceaux se tendent lorsqu’on défait les attaches, sur le bout de gazon qui sépare le gravier du parking du précipice qui plonge vers le fjord.

Nous sommes à table lorsque l’une d’elle vient vers nous, mon briquet à gaz est vide nous dit-elle. Je lui prête notre allume gaz pour qu’elles puissent chauffer leur dîner. 

Le lendemain matin, on s’apprête à partir, la deuxième fille vient vers nous, vous ne connaîtriez pas une randonnée en montagne dans le coin, me demande-t-elle.

Je lui indique la route vers le glacier Bauarbreen, une recommandation de notre guide allemand. En me remerciant, elle murmure, faudrait peut-être qu’on s’achète une carte.

De ma vie, je n’ai jamais traversé autant de tunnels que depuis que nous roulons en Norvège. 

Le pays utilise à bon escient le revenu de son gaz et son pétrole pour moderniser et maintenir en bon état son infrastructure routière. Ainsi, les routes de montagnes sont systématiquement remplacées par des tunnels. Souvent long de plusieurs kilomètres, certains comportent en plein milieu, des croisements avec des rotondes. 

Du haut des rochers, les chutes d’eau sont nombreuses, les unes plus spectaculaires que les autres. 

Le guide français, celui qu’il faut lire comme un roman, mentionne comme point d’intérêt, le village de Fjaerland, le Bokbyen, le village du livre. À l’instar de Hay-on-Wye, crée dans le Wales en 1963 par Richard Booth, un libraire d’Oxford, et Redu en Wallonie en 1984, quelques habitants de Fjaerland établissent en 1996 le même concept. Sur quelques centaines de mètres de la rue principale, on peut chiner dans des rayonnages ouverts à tout vent. Une tirelire attend le bon vouloir de l’acheteur. 

À l’office du tourisme et au bout de la route, sur le parking de l’ancien port, où nous passons la nuit, deux grandes librairies sont accessibles en journée. Nous ne quittons pas l’endroit les mains vides.

Fjærland se trouve au bout d’un des bras du Sognfjord. Jusqu’il y a quelques décades, le village ne pouvait être rejoint que par bateau ou en franchissant, l’un ou l’autre des deux glaciers qui aboutissent au fond de la vallée. Aujourd’hui, un tunnel et des routes le rend accessible. 

Nous poussons la porte du musée des glaciers. La guide nous explique ce que nous pouvons attendre de la visite mais nous fournit également un plan en expliquant comment accéder aux pieds de deux glaciers. Plutôt que de regarder les films dans le musée, nous allons voir sur place la glace qui coule de la montagne. Pour ceux qui aiment les chiffres, le Jostedalbreen est le plus grand glacier du continent européen. Il couvre près de 500 km2, long de 60 km, il culmine à 2085m, et il a une épaisseur de 600m.

Sous la pluie, nous poursuivons notre chemin vers Ålesund, ce sera mon prochain billet.

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19 – 27 Svindland Camping, Karmøya, Varhaug et Fôresvik

Au droit de Egersund, les vagues qui traversent la Manche rencontrent celles qui viennent du nord de l’Ecosse. À leur point de rencontre, elles se neutralisent et la marée est nulle. C’est le point amphidromique de la marée. Grâce à ce phénomène, les maisons en bois et les abris à bateaux de Egersund sont les mieux conservés de Norvège. 

On apprend ça en lisant les panneaux explicatifs placés dans un parking à quelques kilomètres de   la ville côtière. 

Nous poursuivons notre remontée vers le Nord en longeant la côte ouest par la route 44. 

À Feda, le long du Fedalfjorden on s’arrête au Svindland Camping. On y reste deux nuits, le temps pour Marleen de faire quelques lessives. Les machines tournent, il pleut des cordes toute la journée, notre intention de nous promener tombe à l’eau, si j’ose dire.

De la roulotte nous avons une vue sur le petit lac qui borde le camping. Lorsque nous sortons pour aller mettre le linge de la machine à laver dans le séchoir, un canard solitaire vient nous saluer. La propriétaire du camping nous s’explique qu’il est arrivé ici il y a trois mois, peut-être abandonné par un campeur de passage. Tout le monde sait que le pain est mauvais pour les canards, aussi le mari de la dame s’est empressé d’acheter 25 kg de nourriture pour poussins, qu’elle lui sert tout les soir dans une écuelle. Les pattes dans le lac, le canard picore quelques graines, lève le bec, le trempe dans l’eau et avale la bèquetée. 

La dame est inquiète pour l’hiver. Je le mettrai dans ma grange, nous confie-t-elle.

Notre itinéraire nous conduit à Stavanger. C’est la troisième plus grande ville du pays, la capitale de l’industrie off-shore.

Le trafic est fluide, n’empêche que nous tournons en rond pour trouver un emplacement de parking. On se gare près du Musée du Pétrole, dans le port, au pied de la vieille ville. Le Silhouette, un gigantesque bateau de croisière a dégorgé ses milliers de passagers, le tourisme de masse n’est pas notre tasse de thé. 

Quel contraste avec Varhaug où nous avons passé la nuit précédente, seuls le long de la mer du Nord, en face d’une chapelle entourée d’un vieux cimetière. Reconstruite dans les années ´50, elle est située sur un lieu de culte qui remonte à 1328.  

Pendant quelques heures nous parcourons la vieille ville, ses maisons multicolores en bois, ses boutiques à touristes et son MacDo. Ensuite on reprend la route. Plutôt que de contourner le Boknafjord par la route et les tunnels, notre guide français recommande de prendre à Randaberg, un ferry pour l’isle de Karmøya, dont il dit beaucoup de bien.

Nous suivons son conseil et sans vérifier le trajet, j’embarque la Roulotte sur le bateau. Par curiosité, je demande au conducteur qui vend les tickets de la traversée, pourquoi les gens prennent le ferry plutôt que le tunnel. Il se fend d’un grand sourire et nous explique qu’on s’est trompé de ferry et que depuis 2013, Karmøya n’est plus accessible par bateau et que celui sur lequel nous naviguons, ne va pas à Karmøya mais fait un vas-et-vient vers l’isle de Kvitsøy.

Il rajoute, en se marrant de plus belle, mais vous pouvez revenir avec nous dans l’autre sens, sans payer. 

On s’offre une croisière de deux fois 45 minutes pour 49€. La mer est houleuse, on tangue à l’aller et on tangue et on roule au retour. Nous faisons la traversée sur le gaillard avant et on se remplit les poumons d’une bonne brise fraîche, le Chat Lune nous a procuré un bon pied marin.

Au retour de notre excursion, on s’enfile dans les tunnels et on prend un autre ferry jusqu’à l’isle de Bokn. La traversée est courte, mais nous suivons l’exemple des conducteurs de camions qui se précipitent vers la cantine pour ingurgiter en vitesse un bœuf stroganoff avec du riz et une saucisse, purée de pommes de terre. Le café est compris dans les plats du jour. 

Le parking du port de Føresvik sur l’isle de Bokn est un endroit idéal pour passer la nuit. Nous trouvons souvent un emplacement sur les quais des ports. Parfois, ils sont payants mais ils offrent des sanitaires et de l’électricité. 

À Føresvik c’est un simple parking sans facilités.

Les paysages que nous traversons sont spectaculairement beaux. Les lacs et le fjords se succèdent. Forte de ses 170 CV, la Roulotte gravit des cols, descends les vallées, serpente les routes étroites. Régulièrement je dois m’arrêter dans un élargissement, pour laisser passer un véhicule qui vient en sens inverse. Je garde également un œil sur le rétroviseur et lorsqu’une ou plusieurs voitures plus rapides me suivent, je me range un instant de côté, pour les laisser me dépasser. Un coup de clignotant droit le remercie.

Nous remontons vers le nord par la route 13. C’est un axe obligatoire. Comparé à nos routes, il n’est pas très encombré, mais les deux sens sont utilisés par des camions, des voitures privées et de nombreux campings cars. Comme notre roulotte, c’est un moyen idéal pour visiter ce pays. Les photos ci-jointes donnent une idée, mais ne rendent pas à sa juste valeur la grandeur des décors que nous traversons.

Depuis que nous avons quitté le camping de Svindland, jeudi dernier, le temps s’est remis à un bel l’automne, les nuits sont fraîches, (10°C) mais les journées ensoleillées avec des passages nuageux. J’écris cette lettre, le lundi 9 septembre, aujourd’hui, le thermomètre a grimpé jusque 18°C, lorsque le soleil brillait. 

Nous remontons toujours vers le nord, ce sera le thème de prochain billet.  

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19 – 26 Arendal. Kristansand et le phare de Lindesnes

Dans le voyage ce n’est pas la destination qui compte, mais le chemin parcouru.

Cet adage est particulièrement vrai en Norvège. Le paysage est d’une beauté spectaculaire. Dans la mesure du possible nous ne prenons que les routes secondaires, comme la 41 et la 42 qui nous ont conduit de Rjukan à Arendal en passant par Treunden. Elles serpentes, montent et descendent en permanence, à travers des forêts de sapins, en longeant des falaises, des lacs et des fjords. À la sortie de chaque virage, la vue mérite une photo. Malheureusement, quand on les passe en revue le soir sur nos tablettes, on est déçu car les clichés ne rendent pas la grandeur de la réalité, heureusement, tout reste en mémoire.

Sur notre itinéraire nous traversons des villages et des petites villes. 

Pour identifier ce qui nous intéresse vraiment dans un endroit inconnu, il ne suffit pas de consulter nos deux guides. Internet est devenu aussi indispensable que la loupe à Sherlock Holmes. Sur Wikipedia je trouve toujours une description de la ville, son origine et son histoire. Généralement,  même les plus petites localités ont un site touristique avec leurs incontournables. Tripadvisor donne également une liste des 5, 10 ou 15 choses à faire et à voir dans un lieu concerné.

Il faut en plus consulter les forums et analyser les commentaires des touristes. Régulièrement leurs remarques sont contradictoires, lire entre les lignes demande réflexion. 

À Arendal nous sélectionnons le Bomuldsfabriken Kunsthall. En 1992, la municipalité achète les bâtiments et les terrains d’une ancienne filature pour en faire un musée d’art contemporain. Situé au pied d’une falaise, près d’une ancienne carrière, les architectes de la rénovation construisent un parcours aérien avec des passerelles en acier Corten. 

Le passage démarre au deuxième étage, à l’arrière du bâtiment. Il zigzague le long de la falaise et descend d’un côté par un escalier en bois jusqu’à l’entrée de l’ancienne carrière. De l’autre côté, le pont surplombe une ancienne décharge de ferraille. On l’interprète comme de l’art contemporain. De la falaise, une sculpture métallique représentant une baleine, pointe son nez vers le musée.

À l’intérieur, nous découvrons et nous aimons les œuvres de Louis Moe, un peintre et illustrateur Norvégien du siècle dernier. Dans une autre salle, Jan Håfstrøm, un artiste contemporain, nous séduit par son humour. Il a intitulé le tableau avec les deux camionnettes recouvertes d’un toile bleue, Kalifat. Voir ci-dessous.

De Arendal à Kristiansand, nous longeons la côte sud en passant par Grimstad et Lillesand. Ces deux petites villes côtières avec leurs maisons blanches, leurs marinas et leurs magasins sentent le tourisme d’été. Le musée de la marine à Lillesand est fermé depuis le 10 aout!

Les parkings en ville limitent le temps d’arrêt à 2hrs. Pour passer la nuit on trouve plus loin, un bel endroit le long du Kaldvellfjorden.

Le demain, le samedi 31 août, la roulotte « s’amarre » sur le parking du port de plaisance de Hanesbukta, à 6 km de Kristiansand. L’endroit est recommandé par le guide français. 

À Kristiansand, sur la place du marché, près de la cathédrale, nous découvrons un festival gastronomique des produits locaux. D’un stand à l’autre, on picore ici, un bout de saucisson, là, un morceau de fromage, un smørebrød avec du saumon, un verre de jus de pomme, notre lunch est servi, d’un bout à l’autre du marché. 

Avec 90.000 habitants, la ville est la cinquième du pays. Fondée en 1630 par le roi Christian IV, le centre est en damier et les rues se coupent perpendiculairement, « Kvadraturen ».

Au premier étage du SKML, le musée d’art de la ville on trouve des clichés de cinq photographes nordiques, dont Andres Peterson. L’étage supérieur est dédié à une sélection de la collection du financier Nicolai Tangen. Ce sont des œuvres d’art modernes d’artistes scandinaves, de 1930 à 1980. Asger Jorn du groupe Cobra est le seul nom que nous connaissions. Par contre, comme toujours, les tableaux offrent des ressemblances avec des œuvres de peintres de nos contrées. Les mouvements artistiques ne connaissent pas de frontières. 

Dimanche nous poursuivons notre chemin en empruntant les routes côtières jusqu’au phare de Lindesnes. C’est l’amer le plus au sud de la Norvège. On est à 2518 kilomètres du cap Nord. Le phare actuel est en fonte. Il a été construit en 1915. La première balise fut construite à cet endroit en 1656 pour marquer l’entrée du Skaggerak, le passage entre la mer du Nord et la mer Baltique.

Le lieu est devenu très touristique. La cafétéria vend un ticket d’entrée au site pour la modique somme de 50 NOK, soit l’équivalent de 5€. Nous grimpons en haut du phare et ensuite on fait les tours des anciennes fortification allemandes du mur de l’Atlantique. Il en reste des couloirs souterrains et des socles à canons en béton armé. 

À l’origine il y avait un deuxième phare situé à 3km plus à l’ouest, c’était pour que les bateaux ne confondent pas le phare de Lindesnes avec celui de Skagen, au nord du Danemark, à l’entrée de la Baltique. Il a été mis hors d’usage depuis que le phare actuel est équipé de lentilles Fresnel et de lampe halogène. 

Le centre d’information vend un certificat de passage. On y projette deux films. Un sur l’histoire de la côte sud de la Norvège et un sur les phares.  

Nous passons la nuit sur le parking au bas de l’édifice.

Mon prochain billet relatera notre remontée vers Stavanger.

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