Berlin [3] Marienfelde, centre d’acceuil des réfugiés

Par une chaude matinée d’été en juillet 1957, la grand-mère de Regina Paulikat lui fit enfiler une chemisette, deux robes, un pull, un training et un manteau d’hiver, de grosses chaussettes et des bottines fourrées. La gamine se rebiffa mais on lui fit entendre que c’était pour alléger la valise de sa mère.
Regina compris la raison de cette mascarade, lorsqu’avec sa famille, elle descendit du métro à la station Zoologischer Garten, à Berlin Ouest.
Elle avait refusé de prendre la poupée de son enfance, à laquelle sa mère tenait plus qu’elle. Sa grand-mère la lui fit parvenir par la poste lorsqu’ils furent installés en sécurité à l’Ouest.

Wilfried Seiring avait convaincu les étudiants de sa promotion de signer un manifeste par lequel ils demandaient la liberté d’expression et le droit à la contestation des règles du parti. Il fut promptement exclu de l’université et contraint à du travail manuel, là où régit le vrai socialisme.
Seiring fuit la DDR et transita par le centre d’accueil de Marienfelde, que nous visitons ce matin.
Il raconte que la réception dans le centre était chaleureuse, il fut logé, nourri et traité avec dignité pendant toute la durée du processus d’intégration.

Le centre est situé à Marienfelde, un ancien village qui actuellement fait partie de Berlin.
Entre 1953 et 1990, plus de quatre millions de citoyens de la DDR quittèrent pour chercher refuge dans la RDA; 1,35 million transitèrent par Marienfelde.
Aujourd’hui les bâtiments logent une exposition permanente qui retrace entre autres choses l’histoires des réfugiés, à l’aide de témoignages comme ceux décris ci-avant.
Les moyens didactiques déployés sont extrêmement bien documentés, on y explique en détail le processus d’intégration, les conditions de vie dans le centre et l’évolution des contingences politiques entre les deux parties du pays au fil des années.
Je vois un certain parallèle avec Ellis Island car les différentes étapes à franchir avant d’être admis et de recevoir un point de chute dans un des ‘Länder’ de la RDA étaient nombreuses et rigoureuses.
Pour n’en citer que quelque unes, tout commençait par un examen médical, suivi par un interview par les ‘occupants’ Français, Anglais et Américains. Suivait alors une succession d’interviews plus techniques par des fonctionnaires de la RDA.
Les témoignages citent des durées de séjour allant de deux semaines à deux mois. Pendant toute cette période, les candidats étaient libres de circuler en ville, ils disposaient d’un minimum d’argent, de tickets d’entrée aux cinémas et à la piscine municipale et d’autres facilités. L’administration essayait de leur rendre le temps d’attente aussi agréable que possible.

La ville de Berlin utilise ce centre comme plage didactique pour les écoles et selon la brochure, six programmes d’information et de projets sont mis à la disposition du corps enseignant.

Nous apprenons à notre grand étonnement que 600.000 réfugiés ont demandé de pouvoir réintégrer la DDR. Les raisons invoquées étaient familiales mais aussi liées à la déception de ceux qui s’imaginaient que l’Ouest était le paradis sur terre.

Sur notre chemin de retour vers Potsdam, nous visitons le cimetière de St.-Matthias. Vers la fin de la deuxième guerre, il servit de champ de bataille et des tranchées furent creusées entre les tombes. Une pleureuse en bronze ressemblait à un soldat ennemi et reçut une balle dans le dos.
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2 commentaires pour Berlin [3] Marienfelde, centre d’acceuil des réfugiés

  1. La Parisienne dit :

    « Nous apprenons à notre grand étonnement que 600.000 réfugiés ont demandé de pouvoir réintégrer la DDR. Les raisons invoquées étaient familiales, mais aussi liées à la déception de ceux qui s’imaginaient que l’Ouest était le paradis sur terre. »
    La même déception a été ressentie après la chute du Mur, notamment par une partie des Allemands de l’Est qui avaient perdu leur emploi… et par la même occasion tous leurs repères ! Comme la liberté avait parfois un prix très lourd à payer, quelques-uns préféraient la « sécurité » du communisme. Une existence totalement planifiée contribuait à les rassurer : ils n’avaient plus besoin de se poser de questions puisque d’autres avaient déjà tout organisé à leur place. La société socialiste était le monde rêvé des assistés en tous genres. C’est ce qui explique la nostalgie que certains « Ossis » éprouvent encore de nos jours pour la RDA… le paradis perdu à jamais !

    • duquelu dit :

      Bonjour la Parisienne,
      Je vous remercie pour vos commentaires. Ce fut un plaisir de vous rencontrer dans l’express de Magdebourg.
      M. et moi continuons à explorer la ville qui nous offre journellement des facettes insolites, drôles parfois dramatiques, on ne s’en lasse pas.
      Je vous souhaite une agréable journée et un bon séjour en allemagne,
      G

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