Le microscope de Emil Busch A.G. – Rathenow

Le jeudi 5 mai 2011 à 15:45, nous poussons la porte du bureau de tourisme de Rathenow, ancienne petite ville du DDR située le long du Havel au nord-ouest de Berlin.

La première employée nous dit gentiment bonjour: « Guten Tag Herschaften, was kann ich für sie tun? », « Bonjour messieurs, dames, que puis-je faire pour vous? ». Je lui explique que nous venons d’amarrer le Chat Lune au quai du petit port, à l’amont de l’écluse et que nous aimerions explorer la ville.

Du fond de la deuxième pièce, une voix féminine clame: « Vous avez, ici il n’y a pas grand chose à voir ». La première employée opine de la tête et une troisième dame, qui vient d’entrer dans le bureau et qui a suivi notre conversation rajoute, « À part l’église qui est fermée, et quelques vieilles façades, Rathenow est plutôt calme. »

J’insiste que j’ai lu que la ville est réputée pour être un centre de fabrication d’instruments optiques et qu’il y a un musée consacré à son histoire. La voix de la pièce à côté se manifeste: « C’est exact, mais le musée est fermé ainsi que le parc optique ».

Nous remercions les trois employées du bureau de tourisme qui visiblement ne sont pas impressionnées par le label de ‘Stadt der Optik’ qui qualifie Rathenow, nous cueillons au passage quelques brochures dans un support mural et nous sortons un peu perplexes du centre d’information pour touristes.

Et pourtant en 1801, 200 années en arrière, Johann Heinrich August Duncker inventa une machine à polir le verre qui marqua le début de la fabrication en série de lentilles pour lunettes. C’est ainsi que la ville fit ses premiers pas dans l’ère industrielle en se spécialisant au fil du 19e siècle, dans la recherche et la production d’instruments optiques.

Les descendants de Duncker, tel que Edward Duncker et son cousin Emil Busch créèrent les premières usines; ils furent suivis par de nombreux autres entrepreneurs. En 1896 Rathenow comptait 163 manufactures de produits optiques et elle acquit le surnom de ‘ Ville Optique’. Après la deuxième guerre mondiale, plusieurs petites unités se regroupèrent et se mirent à travailler avec et pour Zeiss-Jena.

La chute du mur, la fin du communisme et la réunification de l’Allemagne ne tua pas ces industries, comme ce fut le cas pour de nombreuses usines de la DDR et la ville comporte aujourd’hui encore, une quinzaine de firmes à vocation optique.

Pour n’en citer que trois, Böhm Optiks fabrique des montures de style en titane, béryllium et autres matériaux nobles, Askania – Mikroskop Technik Rathenow offre ses compétences en microscopie spécialisée au monde médical et OPTOTEC s Gerätebau GmbH Rathenow, met son expérience et sa compétence technologique au service des fabricants de lunettes et autres accessoires optiques.

Nous apprenons tout cela en lisant les brochures du bureau du tourisme. La brochure illustrée du musée montre entre autres choses, un microscope fabriqué en 1910 par la firme Emil Busch A.G.

Le jeudi 20 octobre 2011, nous arpentons les rues de Silkeborg au Danemark. Comme tous les ans, nous sommes remontés vers le nord de l’Europe pour venir dire bonjour à ma soeur qui habite un patelin à quelques kilomètres d’ici.

Et comme tous les ans nous allons faire un tour en ville et traditionnellement nous poussons la porte de l’antiquaire Skovs Antik, situé Østergade 13, à mi-chemin entre l’ancienne Papirfabriken, devenue un complexe de cinémas, et le musée d’histoire naturelle avec son Tollund Man, l’homme momifié trouvé il y a quelques années dans une ancienne tourbière des environs.

Skovs se spécialise en porcelaine ancienne mais comme chez tout antiquaire, en fouillant un peu, on trouve aussi parfois des ‘trésors’ cachés.

Derrière trois sucriers, entre une cruche à lait et un bocal de riz en porcelaine de saxe , j’aperçois le tube oculaire en cuivre d’un ancien microscope. Je prend la loupe que j’ai toujours dans la poche droite de mon jeans et à ma surprise je lis l’inscription suivante: – Emil Busch A.G – Rathenow

Instantanément mon imagination me transporte vers la porte fermée du musée de l’optique, je revois les trois employées du bureau du tourisme, je hume l’odeur du port et j’aperçois en aval du Chat Lune, le bâtiment de l’écluse en brique rouge.

Je saisis l’objet et il s’agit en effet d’un authentique microscope fabriqué par la firme Emil Busch A.G. à Rathenow. C’est le frère jumeau de celui qui figure sur la brochure dont question ci-avant.

Après une tentative peu convaincante de ma part de faire baisser le prix, j’allonge les couronnes Danoises demandées, convaincu non seulement de faire une excellente affaire mais en plus très heureux du lien virtuel de cette trouvaille à la ‘Ville Optique’ découverte en mai dernier.

C’est comparable au plaisir que j’éprouve lorsque par hasard je trouve une pièce du puzzle géant qui trône en hiver sur une table du bureau et que M. et moi complétons au fil des semaines sans se presser en y jetant un coup d’oeil au passage.

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