La passion de l’eau, Potsdam, la Militärwaisenhaus et Pommes Fritz, la prison DDR

Le Suisse distingué porte un short de marque, un T-shirt dito et il fume négligemment une pipe de bruyère. Son bateau est un ancien Linssen 40 AC, 12 m de long et superbement entretenu, sa blonde épouse s’est habillée pour aller manger au restaurant de la marina de Haldenstadt dans laquelle nous sommes amarrés depuis la fin de cet après-midi ensoleillée.
En soirée, nous lisons sur la dunette du Chat Lune, il s’approche de moi et me demande si je ne peut pas le renseigner sur un port en France où il pourrait hiberner son bateau dans un hangar couvert.
Depuis quelques années nous confie-t-il, nous naviguons en Allemagne mais nous avons l’intention cet année-ci retourner un France et je cherche un endroit pour mettre le ‘Titbit’ à l’abri l’hiver.

Un peu plus tard, toujours assis sur la dunette, nous avons continué notre lecture, un Allemand de petite taille s’approche de moi et me confie qu’il aime la France et que son épouse et lui viennent de quitter Wittenberg sur l’Elbe, la ville de Luther, pour se rendre à Paris.
L’oeil pétillant et vif, sec comme un trique, la septantaine passée, un cigarette roulée à la main, il porte un vieux T-shirt sur le dos duquel figure une carte de la Méditerranée qu’il me montre fièrement, j’ai fait le tour de tous les ports me dit-il. Il vient nous voir pour bavarder un instant et échanger les impressions de ceux qui comme nous, pendant six mois par ans, parcourent l’Europe sur un bateau. C’est un ‘Ossie’ qui depuis la chute du mur, à bord de son petit voilier ‘Duo’ qui fait 7 m au plus, a navigué de Stockholm à la mer noire, de Gibraltar à Saint-Petersbourg, par la mer, les lacs, les canaux et les fleuves, à la voile ou au moteur, le cas échéant, le mat abattu pour passer sous les ponts.
Le contraste avec le Suisse est surprenant mais nous sommes des frères, on se comprend à mi-mot, le même ‘virus’ nous lie, la passion de vivre sur l’eau et la curiosité inlassable de découvrir des paysages, des villes, des gens, et ce au rythme tranquille imposé par notre manière de voyager.

Dans toutes les marines du monde il est de tradition d’envoyer le pavillon national à 8 h le matin et de le baisser le soir à l’heure locale du coucher du soleil ou au plus tard à 21:00.
La majorité des plaisanciers ignorent ou ne respectent pas cette règle.
J’observe avec plaisir qu’aujourd’hui dans le port de Haldensleben, le Chat Lune n’est pas le seul à honorer la coutume, le Titbit et le Duo font de même, une coïncidence?

Il y a deux jours, le samedi de la Pentecôte, le coeur gros, nous avons fait nos adieux à Hannelore, Baldur et leurs deux teckels, après avoir fait une dernière lessive au Waschbar, situé dans la Geschwister-Scholl-Strasse, à 2 km de notre endroit d’amarrage.

La veille, nous avons rendu un dernier hommage à Frédéric II, en visitant dans la cage d’escalier de l’ancienne ‘Große Militärwaisenhaus’ dans la Lindenstrasse, l’exposition ‘Pommes Fritz’.
Le bâtiment est un ensemble baroque, construit en 1771 par Frédéric II comme refuge et école pour les enfants de 6 à 16 ans, orphelins des soldats tombés lors de ses guerres.
La cage d’escalier qui sert de salle à l’exposition aux dessins et tableaux satiriques, est selon la brochure une des plus grandioses d’Europe.
Les oeuvres exposées couvrent trois siècles, de l’époque du roi à Angela Merkel.

Plus tard dans la journée nous poussons la porte de l’ancienne prison où la DDR enfermait discrètement tous ceux qui témoignaient de leur désaccord avec le régime.
On en sort bouleversé, non seulement parce que les circonstances de l’incarcération sont impressionnantes de cruauté mais aussi par la banalité des raisons pour lesquelles femmes et hommes ont étés privés de liberté sans forme aucune de procès, parfois simplement suite à la dénonciation vraie ou fausse d’un voisin de palier, d’une critique malencontreuse prononcée sans arrière pensée.
Le bâtiment situé également dans la Lindenstrasse, ressemble de l’extérieur à un banal immeuble d’habitation et ce n’est qu’en franchissant le portail et une lourde porte métallique que l’on découvre dans la cour intérieure un complexe sur trois étages, de cellules aux fenêtres grillagées dont les carreaux sont opaques.

Deux jours plus tard, nous faisons halte à Haldensleben sur le Mittellandkanal.
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3 commentaires pour La passion de l’eau, Potsdam, la Militärwaisenhaus et Pommes Fritz, la prison DDR

  1. Ca y est, vous êtes partis, vous avez laisser Potsdam et l’Allemagne, mais pour aller où ?

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