Oldenburg, de musée en musée, Horst Janssen

Il y a vingt-cinq ans, nous sommes amarrés avec notre voilier le Chat Lune (numéro un) à Herkingen sur le bras de mer fermé des Grevelingen en Zélande lorsqu’un splendide sloop en bois vient se mettre à côté de nous.
L’équipage consiste de trois messieurs bien mis, dont l’âge dépasse celui de la retraite.
Dès que leurs amarres sont fixées, l’un d’eux quitte le bord et se dirige d’un pas alerte vers la ville.
Un de ceux resté à bord nous explique qu’à trois, ils naviguent de restaurant en restaurant et de bistros en bistros, tout l’été. Le compagnon parti en ville va à la recherche d’une bonne table.
En hiver, rajoute-t-il, nous repeignons le bateau et pour qu’il soit bien entretenu, il faut appliquer sept couches de vernis et entre chaque couche il faut tout poncer.
En été, M. et moi naviguons de ville en ville et de musée en musée. En hiver, comme le Chat Lune est en acier et ne demande pas d’entretien particulier, nous continuons à faire la même chose.

Nous quittons Bremerhaven à 09:10, une heure après marée basse et le courant montant nous porte vers l’intérieur du pays. À 13:30 nous attachons nos amarres au pontons du Stadthaven de Oldenburg, au coeur de la ville, ce sont nos ports préférés.
Une fois encore nous avons mis la marée à contribution et c’est avec un gain de 50% sur un temps de trajet normal que nous avons parcourus les 60 km de la journée.

Oldenburg est une des rares villes qui n’avait pas d’industries menaçantes, ni de casernes, ni d’état major SS, et les B-29 et autres Lancaster n’ont rien détruit en 1945.
Le Schloss n’a donc pas été reconstruit et nous découvrons avec plaisir les plafonds, les portes, boiseries et lambris originaux. Les salles servent comme musée d’art et d’histoire de la ville et du Comté. Il est amusant de constater que ce n’est qu’en 1946 que les Comtés d’Hanovre, Braunschweig, Schaumburg-Lippe et Oldenburg fusionnent pour former la Basse-Saxonie actuelle.

Oldenburg fut très longtemps une province indépendante, protestante mais elle resta neutre pendant la guerre de trente ans, grâce à la volonté du comte Anton Günthers, connu pour son cheval Kranich dont les crins étaient d’une longueur étonnante, comme on peut voir sur la photo ci-jointe.
Le comte était bien aimé et à sa mort, sa dépouille fut placée dans un cercueil qui comportait une fenêtre à l’endroit de sa tête ce qui permettait au citoyens d’Oldenburg de venir voir leur prince dans sa dernière demeure. Au 18e siècle la vitre se brisa et le visage et l’habit d’apparat du comte Anton Günthers finirent constellés de gouttes de cire provenant des bougies que les curieux utilisèrent pour s’éclairer lorsqu’ils rendaient visite au défunt.

L’étage du château-musée est dédié à la peinture moderne et nous découvrons comme c’est souvent le cas, des artistes Allemands que nous ne connaissons pas et qui ont réalisé des tableaux semblables aux peintres Français de la même époque. L’école expressionniste Brücke de la fin 19e, début 20e siècle avec Karl-Schmidt-Rottluff, Erich Heckel et Max Pechstein en sont un bel exemple.

Une école du lycée de la ville à pris possession de plusieurs salles, les élèves sont allongés devant des tableaux et ils remplissent diligemment des pages entières de leurs carnets de classe, répondant à un questionnaire précis.
M. demande à un groupe s’ils s’amusent. Un ado répond avec humour, ‘vous pouvez nous tutoyer, nous sommes des artistes’.

La vieille ville est ceinturée de douves et les rues, actuellement piétonnières forment un labyrinthe comme que nous parcourons un plan en main. Pour aider le touriste, chaque couvercle d’égout comporte au centre un plan de la ville et l’indication de l’endroit où il se trouve est signalé par une petite boule rouge.

La Hauptbahnhof mérite un détour pour son architecture en briques colorées datant du début du chemin de fer. Comme le reste de la ville, elle est d’époque et l’on peut toujours voir l’indication des salles d’attente séparées pour chacune des 4 classes de voyageurs.

Pour finir en beauté nous terminons la journée au musée Horst-Janssen. La partie droite du musée est le ‘Stadtmuseum’, le musée de la ville, logé dans une demeure patricienne. Elle présente l’histoire de la cité illustrée par des maquettes textes et photos mais elle comporte également la collection privée de Theodor Francksen, un fortuné collectionneur et mécène. Ce citoyen qui naît à la fin du 19e et meurt jeune de tuberculose au début du 20e siècle, réunit dans les pièces de la ‘maison-musée’ une impressionnante collection de tableaux, bibelots et meubles de son époque, une machine à remonter le temps vers l’atmosphère de la belle époque.

La partie moderne du musée est dédiée, comme le nom l’indique au graphiste, aquarelliste et peintre Horst Janssen. C’est un remarquable dessinateur comme vous pouvez en juger des quelques photos ci-jointes.
Cinq ans avant sa mort me 31 août 1995, il travaille installé sur le balcon de sa maison lorsque cette structure s’effondre et entraine l’artiste et son matériel, dont de l’acide qu’il utilise pour corriger ses dessins, quelques étages plus bas dans son jardin.
Il en garde une cécité partielle ce qui le ramène à abandonner les couleurs vives de l’époque précédente pour le dessin pur.

Enfin, et j’en termine ici notre marathon des musées d’Oldenburg, pour commémorer le 150e anniversaire de sa naissance, une exposition temporaire est consacrée au peintre et aquarelliste Richard tom Dieck, un natif de la ville, artiste passablement inconnu mais que nous aimons beaucoup pour la beauté de ses aquarelles des paysages de la région que nous traversons avec le Chat Lune.

Oldenburg, ville dont nous ignorions l’existence, prend soudainement pour nous une importance considérable sur la carte de l’Europe.

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4 commentaires pour Oldenburg, de musée en musée, Horst Janssen

  1. Tout est beau, mais mention spéciale pour le mobilier ! Et toujours sous un ciel bleu. On se demande si vous choisissez les jours où vous prenez les photos ?
    Pour le champagne, vous nous faites signe, on arrive

    • duquelu dit :

      On vous fera signe pour le champagne, à Paris en septembre.
      Pour le soleil, rassurez-vous, il n’y est pas toujours. Depuis ce matin il tombe des cordes, nous sommes amarrés dans le port de la vieille ville de Leer, toujours dans le nord de l’Allemagne, la navigation de ce jour s’est faite sous un ciel fermé, il y avait autant d’eau au-dessus que sous le Chat Lune.
      Mais demain, soleil.
      M

  2. LEGRAND dit :

    C’est magnifique, merci beaucoup !

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