Alcatraz

En 1775, l’espagnol Juan Manuel de Ayala mis San Francisco en carte et il baptisa une des trois îles de la baie, ‘La Isla de los Alcatraces’, ‘l’Île aux Pélicans’.
Alcatraces devint Alcatraz et l’endroit resta le domaine exclusif des oiseaux jusqu’en 1848, lorsque la Californie fut annexée aux États Unis.
L’île fut fortifiée et pendant la guerre de sécession devint une garnison militaire destinée à protéger l’entrée de la baie. Aucun des 105 canons ne fut jamais tiré mais les casemates servirent de prison militaire à quelques sympathisants confédérés.
Au fil des ans, le fort perdit son intérêt stratégique et devint une prison militaire à part entière.

En 1933 le département de justice acheta l’île à l’armée et la transforma en prison pour détenus dangereux et difficiles, dont Al Capone, voir mon billet précédent.
Vingt-neuf ans plus tard, en 1963, essentiellement pour des raisons économiques, la prison coûtait à l’état 10$ par jour par prisonnier par rapport à 3$ par jour dans les autres centres d’internement, Robert Kennedy, en décida la fermeture.

P1040186

P1040187

P1080953

P1080959

P1080960

Les pélicans avaient depuis longtemps quitté l’endroit pour aller nicher dans des lieux moins bruyants, mais rapidement, une fois les détenus et leurs geôliers partis, les mouettes, les guillemots colombins, les cormorans et d’autres espèces les remplacèrent et l’île est aujourd’hui devenu un sanctuaire pour oiseaux marins.
Pendant la saison de ponte l’accès des visiteurs est limité aux bâtiments pénitenciers, le reste de l’île appartient aux volatiles.

Alcatraz connu un autre moment de gloire, lorsqu’en novembre 1969, un groupe de ‘Native Americans’, en partie des étudiants de l’université de San Francisco, enfants survivants de tribus indiennes, occupa les lieux pendant près de deux ans pour protester contre les multiples discriminations et violations de traités dont ils étaient victimes depuis que les immigrants Européens les avaient exterminés, exploités, leur avaient imposé leur religion sous le moto d’intégration et finalement les avaient parqués dans des camps de concentrations appelés ‘réserves’.
La publicité autour de l’action eut un impact et l’administration Nixon décréta une loi d’autodétermination et rendit aux tribus Yamaka, Taos, Navajo et Washoe une partie de leurs territoires inoccupés.

Native Americans Alcatraz 3a

P1080962

Comme les américains savent le faire, la visite des bâtiments pénitenciers est un modèle du genre, chaque visiteur reçoit un audio-guide et nous suivons l’explication de poste en poste, la voix du narrateur est entrecoupée par des enregistrements de bruits et des commentaires d’époque, ponctué par des engueulades et des altercations entre gardiens et prisonniers.

P1080966 P1080975 P1080965 P1040196 P1080991 P1080993 P1080994

P1080968

En moyenne, le pénitencier comptait 250 détenus, surveillés par une centaines de gardes dont beaucoup vivaient sur l’île avec leur famille, femmes et enfants, ce qui mettait la population des non incarcérés à plus de 350. Un témoignage filmé souligne que les familles aimaient beaucoup la vie sur le rocher, ils n’avaient jamais de contacts avec les prisonniers, une navette fluviale conduisait les enfants à l’école sur le continent et lorsque ceux-ci rentraient chez eux en fin de journée, toute l’île à l’exception de la prison, devenait leur terrain de jeu. Beaucoup de gardiens avaient une passion pour le jardinage et grâce aux rangers et à de nombreux volontaires qui s’y activent, les jardins qui ceinturent l’île sont devenus pour les visiteurs une attraction en soi.

P1080987

P1080961

P1090013

P1080963

P1090002 P1090016 P1090005 P1040211 P1090014

Les cellules sont minuscules, chacune comporte un lit, un wc et deux étagères, un tabouret et une petite table, le tout fixé au sol et au murs.
Le guide explique que la seule directive aux prisonniers était qu’ils seraient logés, bien nourris et que le cas échéant, ils auraient droit à des soins médicaux, point à la ligne.
Pendant les 29 ans de fonctionnement, 36 prisonniers tentèrent de s’échapper, 23 furent attrapés, 6 furent tués pendant leur tentative, 2 se noyèrent, et 5 disparurent, présumés noyés.

P1080989

L’échappée présumé réussie eu lieu en juin 1962. Clarence et John Anglin et Frank Morris agrandirent l’office de ventilation de leur cellule avec des culières volées à la cantine. Pour tromper les gardes de nuit, ils confectionnèrent des têtes à leur effigie, utilisant du papier de toilette, du savon et des cheveux, qu’ils placèrent sous leur couverture. Après le couvre-feu ils s’échappèrent par la conduite de ventilation et quittèrent l’île sur un radeau de fortune. Ils ne furent jamais retrouvés, présumés noyés selon l’administration pénitentiaire. Pourtant le reste de leur radeau fut retrouvé sur l’île voisine et la légende les veut échappés et vivant heureux en Amérique Latine.

P1090017 P1080952 P1080984

En matière de prisons, sachez que entre 1980 et aujourd’hui, la Californie a construit 21 prisons et une université. En 2011 les Etats Unis ont dépensé 9,7 milliards de dollars pour  leur système pénitencier et 5,7 milliards de dollars pour leur enseignement supérieur.

Le pays compte le plus grand nombre de prisonniers par habitants au monde.

Les statistiques de 2009 dénombrent 740 prisonniers pour 100.000 habitants, huit fois plus que la moyenne des autres pays développés, 95 pour 100.000 en France, 88 pour 100.000 en Belgique.

B&T

Cet article, publié dans Exploration, est tagué , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.