Ranchot et la crue du Doubs

Il pleut à Besançon lorsque nous lâchons les amarres mais la météo prévoit une amélioration, le vent va pousser les précipitations vers la Suisse.
C’est une bonne et une moins bonne nouvelle. Le côté positif est que nous allons naviguer à sec, par contre, les nuages vont déverser leur contenu sur les collines et les montagnes à l’est, l’eau va s’accumuler dans les vallées et venir alimenter le Doubs, qui une nouvelle fois, va se mettre en crue.
Ça ne tarde pas et 30 km en aval de Besançon les techniciens des VNF nous demandent de nous amarrer dans le petit port de Ranchot et ils ferment derrière nous les portes de garde qui séparent la rivière de la partie canalisée.
Il y a déjà cinq bateaux dans le port, nous nous mettons à couple avec le ‘Kanalratte’, la barge Allemande de Ralf.

C’est la troisième fois en juillet que nous sommes bloqués par une crue sur le Doubs. L’est de la France est sujet à une succession de périodes orageuses, le Doubs est une rivière qui se met en crue en 24 heures, la décrue dure trois jours.

En pratique cela signifie que lorsque les orages sont terminés et que le soleil refait son apparition, nous ne pouvons pas naviguer. La rivière en crue charrie des détritus qui s’enroulent autour de l’hélice et aussi des gros troncs d’arbres qui flottent à fleur d’eau et qu’on ne voit que lorsqu’ils percutent la coque du bateau. En plus de cela le courant est fort, allant jusque 8 km/h dans les parties les plus étroites de la rivière et l’approche des écluses demande une bonne maîtrise du bateau.
En règle générale, au bout de deux jours, la décrue est suffisamment avancée pour reprendre la navigation. Par contre, si les orages reviennent, et qu’il se remet à pleuvoir, les vallées Suisses rendent l’eau du ciel à la rivière, elle se remet en crue et vingt quatre heures plus tard, nous sommes re-bloqués.
À ce rythme on n’avance pas vite sur le Doubs.

Notre voisin Ralf est sympathique, il a le rire facile et le bavardage aussi. À l’âge de cinquante ans, il y a de cela trois ans, il a vendu sa maison, sa voiture et sa femme dit-il en rigolant, « elle n’envisageait pas de vivre sur un bateau, alors nous nous sommes sépares », prédise-t-il.
Son bateau est une ancienne petite péniche Hollandaise, longue d’une quinzaine de mètres, large de 3,70 m, à l’achat la coque était en bon état et le moteur aussi.
Pour le reste, Ralf a complètement vidé et refait l’intérieur, il a installé des fenêtres à double vitrage avec moustiquaires, une cuisine, des sanitaires, trois modes de chauffage, un poêle à bois, un chauffage central au fuel et un Webasto à air pulsé avec thermostat qu’il utilise afin de le garder sec et tempéré, lorsqu’en hiver il quitte son bateau pour quelques jours
Sur le pont il a installé des panneaux solaires thermiques qui lui fournissent de l’eau chaude et des piézo-électriques pour alimenter ses batteries.
La proue est décorée d’une imposante figure en chêne représentant un espèce de diable aillé à tête de rat. C’est l’œuvre d’un sculpteur à scies à chaînes Igor Loskutov.

L’homme est une animal sociable et très vite les six bateaux bloqués par la crues forment un petit village. On échange nos expériences de plaisanciers, nos perspectives pour les jours à venir et nos cartes de visites. Il y a dans le port, deux bateaux Suisses, dont un Locaboat, un Allemand, Ralf, un Anglais, un Français et nous. Trois sont avalants et trois montants.
Les Suisses doivent rendre leur bateau de location à Besançon samedi matin, ils n’y arriveront pas et la société viendra les chercher et rapatriera la pénichette.
Les autres plaisanciers ont comme nous, l’été devant eux pour aller où ils ont projeté d’aller. Notre but est de passer le mois de septembre à Paris.

 

Toute l’après-midi j’ai observé un ballon de foot qui faisait le vas-et-vient devant les portes fermées de l’écluse de garde, ça m’énerve et ça me donne l’idée de le récupérer pour l’offrir à Lucas, le jeune fils de 6 ans de la femme qui le soir vient récolter les frais de port.
Armé d’un seau attaché à un long filin, je me positionne sur le pont et je m’arme de la patience du pêcheur, le ballon va et vient mais il m’échappe à chaque passage. Dix minutes plus tard, Ralf du Kanalratte s’amène avec un deuxième seau, « à deux ça devrait réussir », me fait-t-il, « je le pousse et tu le hales ». La technique ne fonctionne pas car mon seau flotte entre deux eaux.
Jean-François du P’tit Lulu vient au secours, il prend deux grosses pierres dans un jardinet voisin pour lester mon seau afin que celui-ci coule et que je puisse le positionner sous le ballon, à son passage. Quelques essais plus tard, je réalise qu’il va falloir changer la technique du repêchage.
Une nouvelle idée me vient, je prend l’épuisette que nous avons à bord du Chat Lune. Pour allonger le manche, on met bout à bout trois gaffes que nous solidarisons avec de la bande collante que Jean-François nous fournit.
Cette fois-ci ça y est, du premier coup, Ralf repêche le ballon et fiers comme des paons nous rentrons à bord de nos bateaux avec le trophée.

Ce soir vers 17:30, la dame du port vient récolter les frais de stationnement, Lucas est très heureux avec son ballon, d’autant plus qu’en septembre il entre à l’école de foot.

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