Carnet de Terre # 14 Chambres obscures et Art Brut

 

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L’art doit émouvoir et déranger.

Le Dr.Josef Guislain lui attribua des vertus thérapeutiques.

Médecin psychiatre et Gantois, issu d’une famille d’architectes, il fit construire en 1857 un hôpital qui répondit à la vision humanitaire qu’il avait du traitement des maladies psychiques.
Il défendit et appliqua l’idée que l’art et la peinture en particulier devaient faire partie du traitement des malades.
En 1986 un musée consacré à l’histoire de la psychiatrie fut ouvert dans les locaux de l’hôpital. Au fil des années le projet pris de l’ampleur. Il comporte aujourd’hui une collection permanente d’Art Brut et on y organise des expositions temporaires dont le thème est généralement lié à la vocation de l’institution.

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L’exposition intitulée ‘Chambres Obscures’ réunit des oeuvres dont le sujet est la mélancolie et la dépression et celle intitulée ‘Escale’ illustre la problématique des enfants dont le foyer n’est pas le cadre romantique que notre société décrète comme étant la norme.

Il pleut, je m’y rend. Le style ‘néo-n’importe quoi’ en briques rouges ne ressemble en rien aux constructions stériles et stérilisées des cliniques actuelles. Chaque fois que je franchit le portail de l’hôpital Guislain, je me crois dans l’enceinte d’une de ces ‘Lost Places’ que Marleen et moi aimons beaucoup. Sauf qu’ici, les couloirs sont propres et l’herbe est tondue.
On ne croise pas grand monde. Pas de chirurgiens affairés en blouse vert pâle, le masque blanc accroché aux oreilles et coincé momentanément sous le menton, marchant au pas militaire vers un endroit précis et suivi d’une horde d’étudiants et d’infirmières. Pas de lits dans les couloirs sur lesquels sont allongés les malades en attente de soins intensifs. Pas non plus d’odeur d’éther ou de produit de nettoyages manipulés par des femme de ménages au regard aussi sérieux que celui du personnel soignant.
Les rares personnes que je vois ce matin ont l’air d’être aussi touristes que moi et on se dit gentiment bonjour.

L’entrée du musée est à droite dans la deuxième cour. Un groupe d’une dizaine de personnes d’âge moyen, c’est à dire dont la moyenne d’âge entre les plus jeunes et les plus vieux, égale l’âge moyen, paye 76€ pour son entrée. Je me faufile, allonge mes 6€ et je monte à niveau 1 où à lieu la première exposition, avant qu’ils ne se décident de faire la même chose.

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L’art doit émouvoir et déranger. Comme de coutume, je laisse venir à moi les objets et tableaux exposés et je laisse parler mes émotions. Je lis rarement les textes, parfois pour me confirmer un nom ou pour en découvrir un nouveau. Ce n’est pas par paresse, c’est que j’oublie vite ce que je lis, alors depuis longtemps j’ouvre les yeux sur les oeuvres et je ‘laisse venir’ plutôt que de me bourrer la mémoire avec les explications du curateur.

Le thème de l’exposition nous pousse à penser que la dame en brun assise sur le meuble est mélancolique. Je me dit que peut-être, elle observe et attend que son chat sorte de derrière le rideau, la souris entre les dents.
J’aime beaucoup la série d’esquisses des routes qui fuient entre les collines. Je rêve, je vole, je pars et je vois les chaussées et le fleuves que nous avons parcourus et que nous allons sillonner bientôt.

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Comme à chaque fois, je termine ma visite par la section de l’Art Brut. On attribue le terme au peintre Jean Dubuffet pour désigner les productions de personnes exemptes de culture artistique dans le sens où nous l’entendons, nous les dits évolués. Exemples, les malades mentaux, les enfants, les membres des sociétés primitives.

Ces oeuvres me touchent autant ou plus que ce que j’ai vu en face. Ému et dérangé, la partie primitive de mon être vibre en présence des tableaux réalistes, des collection d’objets insolites et des mécaniques aux rouages complexes qui ne servent à rien.

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2 commentaires pour Carnet de Terre # 14 Chambres obscures et Art Brut

  1. El Capitan Tapioca dit :

    Décidemment je vous lis avec autant de plaisir à terre qu’en eau douce ! Je vis en Argentine ou deux beaux fleuves vous tendent leurs bras: le Parana et l’Uruguay. El Capitan Tapioca.

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