Carnet de Bord 16/21 – La Moselle de Trier à Koblenz

imageSur son jeans délavé il porte une vareuse marine en cotton, également délavée. Solidement bâti, il doit faire un bon mètre 85 et j’estime qu’il doit avoir 80 ans passé. Tout en souplesse, il déambule sur son BM, de l’avant à l’arrière, vérifie le gréement et range ses affaires dans la pointe du bateau.
Tout à l’aise, au robinet du quai, il remplit d’eau deux bouteilles en plastique ayant contenu du Fanta.
Je connais bien ce bateau, le BM ou zestienkwadraad, comme on l’appelle en Hollande est un voilier en teck latté. Il fait 6 m de long sur 1,98 m de large et sa quille fixe plonge à 90 cm. Le gréement aurique comporte une voile trapézoïdale et un foc.
C’est le bateau qui m’a initié à la voile au début des années 60 à Loosdrecht.
J’adresse la parole au marin, on se retrouve tout de suite sur la même longeur d’onde. Il a acheté son voilier en 1978 chez Ottenhome, c’est le chantier à Loosdrecht où nous allions, mes amis et moi, en juin, après avoir réussi cinq fois de suite nos années universitaires, faire deux semaines de voile. Nous avons appris la technique de la voile par ‘trial and error’. On louait un bateau, ensuite on regardait comment faisaient les autres et ensuite on lâchait les amarres, confiants que tout allait bien se passer, ce qui fut généralement le cas.
On dormait à bord et on réchauffait nos plats sur un feu à pétrole Primus.

C’est ce que fait le marin de la Moselle.
Nous sommes amarrés à Trier, hier il a quitté Konz, l’endroit à l’amont de Trier, où la Sarre se jette dans la Moselle, et son but est de descendre la rivière jusque Koblenz. À la voile, son BM n’a pas de moteur.
Posément, il me raconte que depuis des années il parcoure ainsi le nord de l’Allemagne, la Frise et toutes les voies navigables qui lui plaisent. En 2013, il a déjà fait le trajet Konz-Koblenz, c’est beau, alors il recommence.

Le lendemain, nous le retrouvons à Neumagen et je poursuis notre conversation. Pour planifier ses voyages, il recherche un port qui possède une grue pour aller quelques semaines plus tard, s’amarrer dans un endroit qui lui offre la même facilité.
Sa voiture et sa remorque restent au point A, à la fin du trajet, il prend un train pour aller rechercher son véhicule.

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À Trier, pour aller en ville, nous déplions nos Bromptons. On les amarre au début de la zone piétonnière et le plan flèché en main, nous suivons le parcours, du pont Romain vers la Porta Nigra, de la Catherale à la basilique de Constentin.
Cette dernière nous impressionne pas sa grandeur et sa sobriété. Dès le portail franchit, une agréable quiétude nous tombe dessus.
Nous pénétrons dans une vaste salle rectangulaire, au centre de laquelle s’avancent un alignement de trois rangées de bancs en bois. Les murs nus en brique sont dénués de toute décorations. Le plafond est un damier en bois discrètement ciselé. Au fond dans le cœur, une simple croix suspendue au dessus de la table en pierre blanche de l’autel, rappelle que nous sommes dans un lieu religieux.
Quel contraste avec la Cathédrale Saint-Etienne que nous avons visité précédemment! On passe du Disneyworld de Jésus à une invitation à la méditation.

Du sud au nord, de Trier à Koblenz, la vallée de la Moselle serpente de coline vinicole en coline vinicoles, de château en château, de Weinstube en Weinstube.
Nous mettons quatre jours pour rejoindre la ville où l’Empereur Guillaume du haut de sa monumentale statue surplombe le confluent des deux rivières.


La navigation est paisible, le courant de 1 à 2 kilomètre par heure nous pousse d’une écluse à la prochaine. Distantes d’environ 15 km, elles font 170 mx12m et nous les passons généralement, amarrés derrière un bateau de commerce de 110mx11,45m, d’impressionnants bâtiments. À l’exception de Cochem, qui n’offre qu’un long quai le long de la rivière, les ports intermédiaires sont bien équipés et propres.
Dans l’ordre, après Trier, le Chat Lune fait une halte à Neumagen, Traben-Trarbach et Treis-Karden.

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Koblenz sera le sujet du prochain billet.

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2 commentaires pour Carnet de Bord 16/21 – La Moselle de Trier à Koblenz

  1. Luc HYE dit :

    Eh bien dis donc! Loosdrecht et les BM! Que de souvenirs! J’ai encore une photo de Pierre, toi et moi cuisinant (sic) dans l’arrière d’un break Opel.

    • duquelu dit :

      En effet, j’en étais tout ému de voir ce ‘marin’, plus âgé que nous, se promener à la voile sur ce beau voilier. À l’aise, avançant avec le vent ou godillant avec le safran lorsqu’il manœuvrait dans les ports, incroyable!
      @+Guy

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