Carnet de Bord 17/13 Le Rhin

Bien évidemment, le Nivernais est un beau canal, on aime ses écluses manuelles ses vignobles, les cerises en juin et les noix en septembre.
La Seine est majestueuse, Paris beigne à ses pieds et quand le fleuve est en crue, comme c’était le cas en mai 2016, le port de l’Arsenal l’est aussi.
L’escalier de 27 écluses du canal des Ardennes est amusant ainsi que le plan incliné d’Arsviller sur le Marne-Rhin, le plan incliné de Ronquières et l’ascenseur de Strepy.
Le canal des Vosges et ses forêts de pins nous a charmé.
Nous aimons l’Yonne où l’on a souvent l’impression de naviguer en Amazonie, seuls sur la rivière, les berges fermées de chaque côté par un mur de haute verdure, l’Oise présente les mêmes caractéristiques.
L’Elbe dont le lit serpente des croix grecques rive gauche aux croix romaines rive droite, ou l’inverse, je ne me souviens plus, nous a procuré beaucoup de plaisir de navigation.
Le Mittellandkanal qui traverse l’Allemagne d’ouest en est, 400 km sans écluses, presqu’en ligne droite, n’est pas ennuyeux, quoi qu’on en dise.
Le delta de Zélande, les écluses Krammer et Volkerak, franchir l’Escaut de Hansweert à Terneuzen nous ravissent à chaque passage. Nos traversées de l’IJsselmeer et du Sneekermeer par gros temps, nous rappelaient nos années de mer à la voile.
Je cite cela de mémoire, je m’arrête ici et j’en passe et des meilleures, comme le veut l’expression.

Le Rhin a quelques atouts en plus, sa majesté, sa puissance naturelle, son intérêt économique et son histoire.
Le parcourir se fait avec respect, demande de la préparation et de l’attention. Le fleuve tolère votre présence.
La prudence s’impose, trop d’eau, le courant devient très violent, trop peu d’eau, les rochers des épis vous guettent.
Le fleuve est l’artère maîtresse du réseau européen de transport fluvial, et par conséquent, sur le Rhin on n’est pas seuls.
La majorité des barges font 110m de long sur 11,50m de large et déplacent 2800 T.
Le Chat Lune fait 10m sur 3,65m et déplace 10T. Autant dire que nous veillons à ne pas nous trouver dans la trajectoire d’un de ces vaisseaux. Ils sont équipés de moteurs correspondants à leur gabarit et leur vitesse sur l’eau dépasse largement la nôtre. Le Chat Lune n’a pas de rétroviseurs et Marleen et moi passons autant de temps à regarder devant que derrière nous, car on se fait trémater en permanence.

 

Et puis il y a l’histoire. On a retrouvé tout au long des vestiges vieux de 6000 ans mais ce sont les Romains qui ont utilisé le Rhin comme frontière naturelle pour se protéger des barbares. Pour ce faire, ils ont construit, du nord au sud, les places fortes qui sont devenues les villes que nous rencontrons sur notre parcours.
Le fleuve continue à servir de frontière et il sépare, de Huningue, un peu au nord de Bâle, à Lauterburg, sur une distance de 184 km, la France de l’Allemagne. Plus précisément, l’Alsace de l’Allemagne.

Nous quittons Strasbourg dimanche, le 29 juillet pour nous amarrer en face, à Kehl, sur le Rhin, question de nous reposer un peu après le marathon culturel et touristique.

Lundi matin, le 31 juillet nous amorçons notre descente du fleuve. Deux écluses nous attendent avant d’aborder le ‘Rhin Sauvage’, c’est-à-dire le fleuve ouvert, qui coule sans obstacles jusqu’à la mer du Nord pendant 700 km, de Iffezheim, la dernière écluse jusque Rotterdam.

Nous avons décidé de faire une halte à Neuburg-am-Rhein, un village situé à l’embouchure de la rivière Lauter.

L’entrée du port est marqué par deux balises écartées de 40 m. Il est 13:45, nous venons de parcourir plus de 62 km et franchir deux écluses en 4h30.
Le Rhin à cet endroit n’est pas très large et le courant portant est de 10km/h, mon GPS m’indique que nous filons à 19 km/h au sol.
La rivière est turbulente, nous devons corriger en permanence la barre pour filer en ligne droite.
Le ciel est noir, nous venons d’être rattrapé par un violent orage, il pleut des cordes et la visibilité est limitée à voir la prochaine bouée rouge lorsqu’on passe la précédente, autrement dit on n’y voit pas grand-chose.
Derrière nous une péniche s’apprête à nous trémater et devant nous, je distingue à 200m, un large pousseur qui remonte le fleuve.
Je passe l’entrée du port et j’ai le temps d’opérer un 180°, la manœuvre est appelée ‘queue de poisson’. Cela consiste à mettre la barre à gauche toute et les gaz à fond. Le bateau pirouette, tourne sur lui-même et repart dans la direction opposée.
Du coup, notre vitesse chute de 19 km/ à 3km/h, on remonte le courant jusqu’au niveau de la balise du port amont. À ce point, je lance la barre à droite et à nouveau, les gaz à fond, Le Chat Lune franchit l’entrée du port, quelques seconde plus tard nous naviguons en eau calme et comme par enchantement, la pluie s’arrête. On amarre le bateau à un ponton libre.
Tout s’est fait dans le calme, en plein contrôle de la manœuvre, Marleen et moi arborons le grand sourire du travail bien fait.

Nous passons la nuit à Neuburg, le lendemain nous allons à Speyer, la première ville que nous abordons sur le Rhin après Strasbourg et Kehl.

Ce sera pour mon prochain billet.

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