Mendelssohn et la Stingray

Georg Wenzeslaus von Knobelsdorff et Félix Mendelssohn reposent dans un des quatre ‘Friedhöfe vor dem Halleschen Tor’, un cimetière à deux cercueils. Un de nos projets est de rédiger un guide des cimetières d’Europe, les macarons seront remplacés par des pictogrammes de cercueils. Trois cercueils voudra dire, ‘plus tard je veux venir ici.’
Marleen et moi aimons beaucoup le nom de Georg Wenzeslaus von Knobelsdorff, c’est l’architecte préféré de Frédérick le Grand, le champion du Rococo, c’est lui qui a construit entre autre, le palais Sanssouci à Potsdam.
Ce matin, partis du Tempelhof, nous avons traversé une ancienne brasserie en brique rouge transformée en résidences trois étoiles, avec comme point d’attraction dans une des cours intérieures, un vignoble en terrasse. Dans la prolongation du vignoble, le sommet de la colline du parc Victoria est surmonté par un monument en fonte commémorant les victoires Prussiennes sur Napoléon. En hiver, quand les arbres auront perdus leur feuillage, l’endroit offrira un superbe panorama de la ville.
Au numéro 9 de la Kreuzbergstraße, dans la deuxième cour intérieure à main droite, nous découvrons ‘Oldie Tech’ un petit garage spécialisé dans le reconditionnement des vieilles voitures. J’aime beaucoup la Stingray noire des années soixante et la Triumph 4 jaune pâle, nous fait penser à notre ami Anthony.
Dans le même secteur, l’ensemble résidentiel ‘Riehmers Hofgarden’, construit à la fin du 19e siècle et restauré dans toute sa splendeur néo-gothique est un luxueux îlot de paix entre quatre avenues à grande circulation.
Avant de reprendre le train, nous découvrons dans le forum du très bel ensemble architectural moderne de la Potsdamer Platz, une exposition temporaire du pont aérien qui alimenta la ville de 1948 à 1949. À Berlin, la deuxième guerre mondiale est présente à chaque coin de rue.

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Les Stolpersteine et les Hugenots

Les 4 petites plaques en laiton serties dans le sol d’un trottoir, dont je parle dans ma lettre Kreuzberg SO36, sont des ‘Stolpersteine’, en français, ‘pierres d’achoppement’. C’est l’œuvre de Gunter Demnig, un artiste originaire de Cologne qui eu l’idée d’honorer la mémoire des victimes du nazisme. Il recherche les données des personnes qui ont été poursuivies et déportées en fouillant dans des archives, en coopération avec des musées et écoles ainsi qu’avec des survivants et familles. Si les données sont disponibles, Gunter Demnig crée des Stolpersteine. Il les encastre dans le sol des rues publiques devant les maisons des déportés. Il a posé la première plaque à Berlin en 1996 et depuis plus de 25000 ont été posée en Allemagne et en Europe. Un petit dépliant de Potsdam nous en renseigne une vingtaine, nous parcourons la ville et nous lisons les noms, c’est très confrontant.
Dans un parc, au plein coeur de la cité, nous découvrons un cimetière militaire russe bien entretenu qui ne figure sur aucun dépliant touristique, un oubli?
Dans le but d’inciter les huguenots français, qui fuient le royaume de France à la suite de la Révocation de l’Édit de Nantes (16 octobre 1685), à venir s’établir dans ses états, Frédéric-Guillaume, prince électeur de Brandebourg, publie et diffuse l’Édit de Potsdam (29 octobre 1685)
On compte 20 000 réfugiés en Brandebourg : ceux-ci sont à l’origine du renouveau économique de cet état ruiné par la guerre de Trente Ans.
Potsdam en accueille un grand nombre comme en témoigne l’église ‘française’ au dôme aplati et dont l’intérieur sobre ne compte aucune fioriture susceptible de troubler la méditation des religionnaires.
Demain nous retournons explorer Berlin.

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Cimetières et belles avenues

Elle lui avait promis, ‘je viendrai m’asseoir sur ta tombe’ et elle fit installer un petit banc entre les parterres de fleurs. C’est un des plus beau cimetières que nous ayons vu et pas seulement à Berlin. Ce sont trois grands surfaces boisées juxtaposés et séparés par un mur -encore un- sur lequel sont collées des frontons greco-romains avec ou sans colonnades. Les tombes sont très espacées ce qui confère à l’endroit une grande quiétude un véritable ‘Friedhof,’ dit Marleen.
Nous sommes dans le Kreuzberg 61, le côté riche, artistique et huppée de cette partie de Berlin.
Les immeubles des larges avenues sont colorés en pastel jaune, beige, gris et bleu. Parfois un bâtiment non encore restauré rappelle le passé. On se croit parfois à Paris et le Landwehrkanal nous fait penser au canal Saint-Martin.
Berlin est très vert, la plupart de ses avenues sont bordées de grands arbres au feuillage touffu qui cachent les façades.
Dans la Bergmannstraße nous ne résistons pas aux échoppes de victuailles fraîches du Marheineke Markthalle et nous dégustons une excellente assiette de légumes à la grecque sur une terrasse à l’ombre des marronniers. Les moineaux viennent manger dans ma main.
Plus loin nous longeons le Tempelhof qui servit au ravitaillement des Berlinois pendant la blocage russe en 1948-1949. La signature de Ernst Sagebiel est tellement forte que devant l’entrée de l’aéroport je m’attend à voir arriver une caravane de Mercedes noires décapotées remplies d’officiers en uniforme gris.
La pluie nous rattrape et nous rejoignons le Chat Lune.

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Kreuzberg SO36

Plein soleil sur ‘Klein Istanbul’, c’était une enclave encaissée entre trois parties du mur que les Berlinois ont fuit. Les immeubles ont été envahies par des artistes, des marginaux, des punks qui vivaient en parfaite harmonie avec une large population Turque. Les marginaux ont pris possession de Friedrichshain mais les Turcs sont restés. Kreuzberg SO 36 signifie Südost, code postal 36. La Köpenickstrasse fait penser au Quai des Matériaux à Bruxelles, avec Tour et Taxis et le canal, mais ici la rue est asphaltée. Dans les bâtiments industriels abandonnés se nichent des bars et des clubs de nuit et des ‘Strandbars’ avec une vue imprenable sur le Spree. Marjolein nous fait traverser le Gorlitzer Park, qui à l’Ouest est flanqué d’une piscine publique et se termine à l’Est au Landwehrkanal. C’est un parc un peu crado, jonché de détritus mais l’herbe est coupée et les familles et les amoureux profitent du beau temps pour organiser des pique-niques.
Les immeubles sont couverts de graffitis et Marleen s’amuse beaucoup à compléter sa collection de photos et comme toujours, le mur est un thème omniprésent. Sertis entre les pavés du trottoir de la Köpenickstrasse on découvre 4 discrètes plaques en cuivre de 10×10 cm avec sur chacune d’elle le nom d’un juif, son adresse et son camp de déportation, cette horreur-la est aussi omniprésente.
Revenus à Potsdam on croise les 33.000 inscrits à la nuit des châteaux de la ville. Des bus spéciaux font la navette entre la gare et le parc Sanssoucis, dont l’origine du nom est une exclamation de Frédérick II, « quand je suis ici, je suis sans soucis ».
L’évènement est organisé dans les différents châteaux, avec des reconstructions historiques, du théâtre, des concerts et bien entendu un feu d’artifice pour clôturer le tout.
On verra les éclairs ce soir du pont du Chat Lune.

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Prenzlauer Berg

Quelle belle journée, je commence à m’échauffer à Berlin. Pendant nos premières promenades j’avais probablement Paris en tête et j’observais Berlin avec un détachement clinique. Je suivais pas à pas les recommandations de Marjolein et je les cataloguais comme on parcoure une check-list, ‘been there, done that’ disent les américains.
Aujourd’hui dans le quartier du Prenzlauer Berg, il y a de l’émotion dans l’air. Le parcours est particulièrement charmant, je trouvais hier que les rues étaient vivantes, ici elles vibrent. C’était l’origine au début du siècle dernier, une communauté ouvrière, négligée pendant la période DDR et reprise en main par des artistes et des jeunes en rébellion après la chute du mur. Aujourd’hui les rebelles ont troqué leurs Harley’s pour des voitures d’enfants et le quartier ressemble à une gigantesque nurserie. Nous avons rarement vu autant de magasins de jouets d’enfants, de librairies d’enfants, de plaines de jeux et de mamans poussant des landaus. Dans toutes les rues il y a des boutiques marrantes et de nombreux restaurants avec une dominance Vietnamienne ainsi que les ineffables ‘Kaffee, Kuchen und Frühstuck auf jeder Zeit.’ Beaucoup d’Asiatiques arborent un grand panneau « Shushi 50% », on n’ose pas trop s’y risquer, nous aimons le poisson frais.
Berlin est la ville des moineaux, il y en a partout, Alors que chez nous c’est une espèce en voie de disparition, ici, lorsqu’on mange sur une terrasse, ils viennent picorer dans votre assiette. Ce sont mes oiseaux préférés, Piaf avait raison, ils ont une arrogance sympathique et ils relient Paris à Berlin.
Avant le lunch nous parcourons un grand cimetière juif. Il est midi moins le quart lorsque nous y pénétrons et la gardienne nous avertit qu’elle ferme à 13:00. Elle nous explique que si nous restons enfermés la police viendra nous déloger et que cela nous couterait 20 € d’amende pour la perturbation des âmes.
Pour maintenir l’équilibre nous visitons une église protestante néo-gothique en brique rouge, la Gethsemanekirche. C’est une grande construction tout en rond, l’intérieur est accueillant, harmonieux, un organiste joue et l’acoustique est parfaite comme nous le fait remarquer le bedeau, et construit avant que le mot n’existe. Elle servit de lieu de réunion aux opposants pacifiques de la DDR en octobre 1989 et déclencha le glas du régime.
Le soleil ne nous a pas quitté de la journée.

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Charlottenburg, Wilmersdorf et Schöneberg

Les feux de signalisation à l’Est ont gardé les pictogrammes des ‘Ampelmänchen’, c’est une façon simple de savoir de quel côté de Berlin on se promène, voir les photos ci-après. Ce matin nous avons pris le train de 08:52 à Potsdam et à 09:30 nous traversions les quartiers riches de l’ancien Berlin Ouest. Marjolein nous fait découvrir de belles et larges avenues ombragées, entrecoupés de parcs luxurieux et dont les immeubles ne sont pas sans rappeler les boulevards Haussmanniens de Paris.
Les quartiers sont vivants et nous nous faisons un plaisir à visiter les galeries d’arts et photos, les antiquaires et à fouiller dans les caisses des bouquinistes.
Dès que l’on franchit un Ampelman, la vue change et on retrouve l’architecture stalinienne, dont la caractéristique principale est de ne pas en avoir une.
Régulièrement on croise un témoignage bouleversant des horreurs de la dernière guerre.
On mange pour pas cher à Berlin, les innombrables restaurants affichent des plats du jour copieux pour 5€ à 8 €. Ce midi nous mangeons chez un Indien un dal et un riz tofu pour une facture totale de 12€, boissons incluses.
Pour terminer la promenade numéro 2, nous nous mettons en première loge d’un bus 100 qui nous mène du Zoologischer Garten à l’Alexanderplatz où nous reprenons le train pour Potsdam.

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Schloß Charlottenburg et les Romains

Comme en témoigne la photo ci-dessous du jeune Jules César au téléphone avec sa mère, la connaissance technologique des Romains était très avancée. Malheureusement les connaissances se perdent et lorsqu’en 410 les Saxons prirent en Angleterre possession des villas équipées de chauffage central à air pulsé, ils allumèrent des feux de bois sur les sols en mosaïque des atriums.
Nous avons visité le Schloß Charlottenburg où les architectes n’avaient pas encore inventé les couloirs et où les pièces étaient chauffées par des cheminées ouvertes.
Les rois Fredericks successifs étaient amoureux de l’Italie et admiraient et copiaient l’art et les réalisations Romaines et ils firent ériger dans leurs parcs de nombreux faux bains et fausses villas, dont les pièces comportent des cheminées ouvertes. Il a fallu plus de 15 siècles pour redécouvrir le chauffage au sol, ça m’a toujours énervé.
La salle la plus spectaculaire du château est celle des porcelaines de Chine dont les murs sont tapissés de bas en haut d’étagères qui comportent plus de 2700 pièces essentiellement bleues. Le tout est spectaculaire, on en reste béa d’admiration.
Comme lunch, nous prenons un petit déjeuner dans une boulangerie en face du château.
On dit que Berlin est la ville qui est toujours en éveil et en effet, on peut s’offrir un petit déjeuner à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit.
Nous retournons vers le centre avec la U-Bahn dont les rames ont l’air de sortir d’un album de Tintin. C’est un plaisir à l’usage, le réseau est dense et permet de se déplacer vite et confortablement dans toute la ville.
La fatigue s’installe doucement et après une visite du KaDeWe, le plus beau grand magasin de Berlin, comparable au Bon Marché à Paris, nous rentrons au bateau.
Radio Berlin annonce que la rénovation de l’opéra pour améliorer l’acoustique, va coûter 240 millions d’euros. Dans la foulée le présentateur signale que Bruxelles à décidé de porter l’aide au Pakistan de 35 à 70 millions d’euros.

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Alexanderplatz et Check-Point Charlie

Dans mon imagination, la Alexanderplatz était ouverte, lumineuse et accueillante. Nenni, c’est grand, d’accord, mais c’est bruyant, chaotique et moche. En prime, c’est jonché de chantiers de construction et les immeubles environnants sont d’un banal à en pleurer.
On n’a qu’une envie c’est de la quitter et d’aller boire un cappuccino et déguster un croissant au chocolat chez Oliv ‘aus Liebe’ dans la Münzerstraße, ce qu’on fit.
A Gand j’ai acheté un guide de Berlin écrit par Marjolein Den Hartog, une journaliste qui réside dans la ville depuis plusieurs années. Dans son livre elle propose 6 promenades de quelques heures chacune qui doivent permettre aux néophytes de découvrir Berlin sans devoir éplucher les Hachettes et autres Berlitz pour arriver à un résultat analogue. C’est bien entendu une approche un peu superficielle, mais comme introduction, ça marche pour nous.
Berlin possède comme Paris de nombreux immeubles avec des cours intérieures qui se succèdent, il y en a parfois cinq d’affilées. Je suis de nouveau frappé par l’usage de la brique jaune entrecoupée de lignes horizontales de briques rouge, les architectes ont leurs modes. Les murs intérieurs de certaines de ces cours portent encore de nombreuses traces de balles, la prise de Berlin n’est jamais très éloignée.
De manière générale, le côté ‘ancien Est du Mitte’ que nous parcourons ce matin est chargé du passé de la deuxième guerre et de la DDR, ou est-ce notre imagination?
En 1933 sur la Bebelplatz, les nazis ont brulé des milliers de livres et Micha Ullman, un artiste Israélien a fait construire une oeuvre commémorative de cet événement. C’est une salle souterraine dont les murs sont meublés de bibliothèques blanches vides que l’on peut observer par une lucarne en verre de 1x1m, sertie dans les pavés de la place.
Dans la numérotation de l’armée américaine, le Check-Point Charlie était le troisième du genre, d’où son nom, les deux premiers étant ‘Alpha et Bravo’. Aujourd’hui les nostalgiques ou les petits malins du syndicat d’initiative de Berlin ont fait reconstruire une guérite flanquée de deux GI rigolards en uniforme de l’époque, pathétique.
Un peu plus loin un véritable tronçon du mur à été conservé, ici ce n’est plus du pathos.
Sur la partie pavée de la Potsdammerplatz, trois tubes en acier de 80 cm de diamètre et de 5 à 6 m de haut sont surmontés de miroirs orientables. Un système ingénieux leur font suivre le soleil et la lumière captée éclaire la station de métro qui se trouve à l’étage du dessous; on n’arrête pas la progrès.
Le très impressionnant monument dédié au Holocauste termine notre journée.

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Potsdam et Einstein

Hannelore et Baldur, le Hafenmeister et la Hafenmeisterin ont deux Teckels, un noir et un brun. Plusieurs fois par jour ils transbahutent leurs bestioles de leur bateau vers terre ferme en marchant sur les caillebotis ajourés que les chiens n’osent pas franchir.
Après un très agréable voyage en train de Gand à Potsdam, nous avons rejoint avec plaisir le Chat Lune qui se porte bien. Hier après-midi, une pluie d’orage nous a permis en maillot de bain de laver le bateau de la poussière accumulé depuis notre départ.
Ce matin nous avons procédé à l’avitaillement traditionnel à la reprise en charge du bateau.
Le temps était au beau fixe et en pleine forme nous avons gravi la colline boisée du parc scientifique de Potsdam. Le site contient de nombreux bâtiments en brique jaune coupés horizontalement de lignes de briques rouges d’un plus bel effet. Plusieurs sont surmontés de dômes géodésiques de dimensions différentes. D’une architecture organique très différente des autres constructions, on trouve également dans le parc, la tour Einstein qui fut construite dans les années 20 dans le but de tester la théorie de relativité du maître. Compte tenu des circonstances politiques du début du siècle passé; il n’y mis jamais les pieds.
De retour à bord, on prend un bain de soleil sur le pont arrière et on se prépare à notre première journée de visite à Berlin ville, demain.
Le soir Baldur nous invite à regarder un documentaire tourné début 1990 qui montre, vu d’un hélicoptère, le mur quelques mois après sa chute ainsi que Potsdam à la même époque. On reste sidéré par la tristesse de la ville et par la brutalité physique et morale de cette construction.

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