Le 17 décembre 1961 l’organisation ‘Kuratorium Unteilbares Deutschland’, sous les égides de la ville et de son maire Willy Brandt, planta 400 sapins de Noël illuminés le long du mur dans le secteur de Humboltsheim. La DDR pris ce geste comme une provocation et les soldats frontaliers lancèrent des pierres par dessus le mur.
Nous pouvons lire ce morceau de l’histoire de la séparation sur un des panneaux de l’exposition ‘Mauerbilder’ située le long de la East Side Gallery, en face de la Ostbahnhof.
Sur plus d’un kilomètre, le long de la Mühlenstrasse, le mur a été préservé dans son originalité et au printemps 1990, plus de cent artistes peintres venus du monde entier ont pris en main une tranche de la construction pour en faire une galerie d’art commémorative.
En 2009 le tout fit l’objet d’une majeure restauration rendue nécessaire par les dégâts dus aux intempéries et au vandalisme.
C’est un des pôles d’attraction pour touristes internationaux, tout comme le Check-Point Charlie et la Brandenburger Tor et cela se remarque. Voir les photos ci-après.
Aujourd’hui, la cantine du Rote Rathaus propose des ‘Rinderroladen’ avec des choux de Bruxelles et des pommes de terre vapeur, comme ma mère les faisait, je me retrouve à sa table.
En chemin vers la gare, nous traversons le forum Marx et Engels. L’année dernière nous avons assisté au déménagement de leurs statues et aujourd’hui les deux compères trônent près de la Spree et l’esplanade est vide.
Un vendeur en uniforme VOPO propose aux touristes au prix de 2 €, un visa pour la DDR. Le même document agrémenté de 7 cachets officiels, coûte 3€, une affaire.
Dimanche, le 6 juin 1965, à 05:35 du matin, le chef de poste Wilfried Sch. commande à son subordonné Manfred A. de le suivre jusqu’à la tour de contrôle de la Alexandrinenplatz pour y prendre un petit déjeuner.
Arrivés sur place, Wilfried Sch. échange son fusil léger contre la Kalachnikow de A., il laisse ce dernier à son repas et il quitte le poste pour se rendre à la porte de sécurité du mur situé le long de la Alexandrinenstrasse. Il ouvre cette porte avec la clé qu’il a au passage subtilisé dans l’armoire au bas de la tour, franchit la zone de contrôle et passe à l’Ouest.
Ainsi cet officier, intelligent et discret devint un lâche traitre à la DDR qu’il abandonne pour passer à l’Ouest avec un fusil-mitrailleur et 70 cartouches.
Ce texte, avec le plan des lieux et des faits à l’appui, est un des rapports qu’on peut lire dans le livre dans lequel les gardes-frontière consignaient les tentatives de fuite vers l’Ouest, réussies ou ratées.
Nous parcourons ce matin l’exposition intitulée ‘Aus anderen Sicht – Die frühe Berliner Mauer’.
L’auteur Annett Grösschner et le photographe Arwed Messmer découvrirent vers le milieu des années 90, dans les archives secrètes de la DDR, une caisse avec des rouleaux de film ultra-secrets que les soldats frontaliers avaient pris du mur en 1964 et en 1965.
Les obstacles ont été photographiés sur plus de 40 km. Les archives comportent également des témoignages de fuites et de tentatives de fuite, des portrait de soldats qui se sont distingués en empêchant des échappées et des rapports comme celui décrit ci-avant.
Arwed Messmer a digitalisé les photos et les a reproduit sous forme de panoramiques.
Annett Grösschner a extrait des rapports les commentaires élogieux et les commentaires punitifs adressés aux soldats ainsi qu’un grand nombre de propos lancées par des habitants de l’Ouest à leurs compatriotes de l’autre côté du mur.
Tout cela fait une succession continue de 250 m de photos prises à l’Est avec vue sur l’Ouest, où le visiteur peut suivre, le plan de la ville en main, les endroits photographiés. Sous chaque photo on peut lire une phrase lancée par un passant, une jeune en colère ou un militaire Américain goguenard.
Un mur complet est dédie aux éloges et à la discipline et dans une salle séparée, le visiteur est invité à s’assoir à une table pour feuilleter à sa convenance les rapports des tentatives d’évasion.
Propos lancés:
« Venez chez nous, nous avons de belles femmes pour vous. »
« Fait-il aussi froid chez vous que chez nous? »
« Olé les gardes-frontière, sales nazis, anti-socialistes! »
« Heil Hitler camarades, on est mieux ici »
Éloges:
– À l’aide se son chien Cella, il a pu empêcher une évasion.
– Il a déployé un effort particulier lors de la construction d’une tour de contrôle.
– Son armoire est toujours très bien en ordre.
– Il exécute toujours exemplairement les ordres.
Discipline et punitions:
– Il fut trouvé endormi à son poste de veille.
– Il a mal tiré, à dessein.
– Au lieu d’exiger le mot de passe, il a dit: ‘Alors l’ami, où vas-tu de ce pas?
– Il a fait un dessin dans la neige avec ses pieds.
– Il s’est suicidé.
Les salles d’expositions sont dépouillées et les photos sont exposées sur des panneaux en gyproc gris, elles sont en noir et blanc, l’atmosphère est triste et pesante.
Les commentaires, même humoristiques nous laissent un arrière goût amère dans la bouche.
Par une chaude matinée d’été en juillet 1957, la grand-mère de Regina Paulikat lui fit enfiler une chemisette, deux robes, un pull, un training et un manteau d’hiver, de grosses chaussettes et des bottines fourrées. La gamine se rebiffa mais on lui fit entendre que c’était pour alléger la valise de sa mère.
Regina compris la raison de cette mascarade, lorsqu’avec sa famille, elle descendit du métro à la station Zoologischer Garten, à Berlin Ouest.
Elle avait refusé de prendre la poupée de son enfance, à laquelle sa mère tenait plus qu’elle. Sa grand-mère la lui fit parvenir par la poste lorsqu’ils furent installés en sécurité à l’Ouest.
Wilfried Seiring avait convaincu les étudiants de sa promotion de signer un manifeste par lequel ils demandaient la liberté d’expression et le droit à la contestation des règles du parti. Il fut promptement exclu de l’université et contraint à du travail manuel, là où régit le vrai socialisme.
Seiring fuit la DDR et transita par le centre d’accueil de Marienfelde, que nous visitons ce matin.
Il raconte que la réception dans le centre était chaleureuse, il fut logé, nourri et traité avec dignité pendant toute la durée du processus d’intégration.
Le centre est situé à Marienfelde, un ancien village qui actuellement fait partie de Berlin.
Entre 1953 et 1990, plus de quatre millions de citoyens de la DDR quittèrent pour chercher refuge dans la RDA; 1,35 million transitèrent par Marienfelde.
Aujourd’hui les bâtiments logent une exposition permanente qui retrace entre autres choses l’histoires des réfugiés, à l’aide de témoignages comme ceux décris ci-avant.
Les moyens didactiques déployés sont extrêmement bien documentés, on y explique en détail le processus d’intégration, les conditions de vie dans le centre et l’évolution des contingences politiques entre les deux parties du pays au fil des années.
Je vois un certain parallèle avec Ellis Island car les différentes étapes à franchir avant d’être admis et de recevoir un point de chute dans un des ‘Länder’ de la RDA étaient nombreuses et rigoureuses.
Pour n’en citer que quelque unes, tout commençait par un examen médical, suivi par un interview par les ‘occupants’ Français, Anglais et Américains. Suivait alors une succession d’interviews plus techniques par des fonctionnaires de la RDA.
Les témoignages citent des durées de séjour allant de deux semaines à deux mois. Pendant toute cette période, les candidats étaient libres de circuler en ville, ils disposaient d’un minimum d’argent, de tickets d’entrée aux cinémas et à la piscine municipale et d’autres facilités. L’administration essayait de leur rendre le temps d’attente aussi agréable que possible.
La ville de Berlin utilise ce centre comme plage didactique pour les écoles et selon la brochure, six programmes d’information et de projets sont mis à la disposition du corps enseignant.
Nous apprenons à notre grand étonnement que 600.000 réfugiés ont demandé de pouvoir réintégrer la DDR. Les raisons invoquées étaient familiales mais aussi liées à la déception de ceux qui s’imaginaient que l’Ouest était le paradis sur terre.
Sur notre chemin de retour vers Potsdam, nous visitons le cimetière de St.-Matthias. Vers la fin de la deuxième guerre, il servit de champ de bataille et des tranchées furent creusées entre les tombes. Une pleureuse en bronze ressemblait à un soldat ennemi et reçut une balle dans le dos.
Dans le train qui nous mène à Berlin ce matin, voyant que je prenais une note en français, une sympathique Parisienne engage la conversation. Elle n’aime pas les foules et n’a pas envie de s’engager dans les cérémonies prévues à la Bernauerstrasse.
Sa crainte n’était pas fondée; nous sommes étonnés de ne voir qu’une centaine de curieux stationnés dans la rue devant le podium et l’écran géant où Angela Merkel et Christian Wulff délivrent un discours dans lequel ils déplorent la chose, pleurent les victimes et jurent que cela ne se produira plus jamais. Nous ne les écoutons pas mais c’est ce que les politiciens disent dans de telles circonstances.
Aujourd’hui Berlin ‘commémore’ le cinquantième anniversaire de la construction du mur qui coupa la ville en deux.
L’heure de départ fut baptisée la ‘X-Stunde’. Il était une heure du matin, le 13 août 1961, lorsque les soldats et les ouvriers réquisitionnés pour l’opération se mirent à déployer des fils de fer barbelés le long de la frontière. À l’aide de marteaux pneumatiques, ils creusèrent des tranchées et érigèrent des poteaux en béton sur lesquels ils tendirent les fils. Des chars d’assaut se massèrent à quelques endroits stratégiques comme dans les arcades de la Brandenburger Tor.
À l’aube, les Berlinois tant de l’Ouest que de l’Est, n’en crurent pas leur yeux. De l’Est, les plus vifs ou les plus réalistes ou les plus pessimistes, voir ceux qui n’avaient pas trop de contraintes, familiales ou autres, franchirent les nouveaux obstacles en se déchirant parfois les vêtements aux pointes acérées des rouleaux de fil.
Ce matin, le long de la Bernauerstrasse des échoppes distribuent ou vendent des prospectus, des livres, des journaux, des albums de photos et des DVD, consacrés à la construction du mur, à sa chute, à la vie des deux côté de la séparation, aux mémoriaux commémorant des événements tragiques, aux échappées réussies, à ceux et à celles qui furent tués en essayant de fuir, à la séparation des familles et aux retrouvailles en 1989.
Le soleil est revenu ce matin, les badauds déambulent sur la pelouse qui a remplacé la ‘Todesstreife’ qui longeait la rue. L’atmosphère est bon enfant, on se croirait à une fête champêtre d’une belle journée d’été.
De nombreuses gerbes de fleurs ont été déposées le long du morceau de mur original qui, au début de la Bernauerstrasse, fait face à la ‘Gedänkstätte Berliner Mauer’.
Quelque part, isolée au sol, une plaque ronde en fer rouillé porte l’inscription:
‘Flucht – Heinz V. -24.09.1961.
Plus loin, une inscription dans une dalle en granit se lit: ‘Demopfer der Schandemauer – Olga Segler – 26.09.1961’.
La réussite et le drame.
À plusieurs endroits, des panneaux explicatifs, agrémentés de photos surdimentionnées décrivent l’histoire de cette rue symbolique.
A midi, la grosse cloche de la ‘Chapelle de la Réconciliation’ sonne à toute volée, et donne ainsi le signal de la minute de silence qui ponctuer l’anniversaire, le son de la cloche et le silence, une intéressante contradiction.
Nous retournons vers la gare de la Friederichsstrasse, un autre endroit symbole et puis, plus au sud, nous faisons un arrêt au Check-Point Charlie.
La ville a déployé de nombreux témoignages audio et visuels essentiellement le long de l’ancien trajet du mur et aux endroits qui ont joué un rôle important pendant les cinquante années de l’existence du mur.
Il y manque le sens du drame.
En fin de journée, nous assistons à la projection d’une dizaine de reportages de films qu’en août 1961, la Fox a projeté dans les cinémas de l’Ouest et la DEFA dans ceux de l’Est. Le musée du cinema de Potsdam a sorti de ses archives des documents qui illustrent la crise politique et la tension que l’initiative de la DDR a provoqué à l’époque.
Le drame était bien présent.
Les chars d’assauts défilaient dans les rues, tant à l’Ouest qu’à l’Est. Dans leur secteurs respectifs, les Anglais et Américains avaient renforcés leurs contingents militaires. Willy Brandt, le maire de la ville à l’époque, était revenu dare-dare de vacances, Conrad Adenauer alla serrer la main des Berlinois devant la Brandenburger Tor et même Lyndon Johnson, à ce moment vice-président des Etats-Unis avait traversé l’Atlantique pour témoigner à la ville et à ses habitants, le soutien des pays de l’Ouest.
Les reportages illustrent bien la force de la propagande, les deux protagonistes juraient de rechercher la paix mondiale tout en faisant défiler leur troupes et leur plus gros canons dans les deux parties de la capitale.
Il est frappant de souligner que la Fox mettait l’évènement en première de son journal alors que la DEFA étalait les mérites d’un avion commercial à moteur à réaction qui mettait les touristes à deux heures de vol de Moscou, avant de se réjouir que la fermeture de ses frontières mettait ses citoyens à l’abri des provocation des fascistes capitalistes décadents.
Ces reportages illustrent également le désarroi et la perplexité des pays démocratiques devant l’arrogance et l’agression des dictatures. On est malheureusement toujours là aujourd’hui.
La petite Parisienne de ce matin aurait aimé ces films.
L’Alexanderplatz est aussi bordélique que le souvenir que j’en ai gardé de l’année dernière.
Pour ceux que cela intéresse, nos découvertes de cette ville fascinante figurent dans mon blog sous la rubrique ‘Berlin’ et/ou août et septembre 2010.
Pour nous remettre dans le bain, nous poussons la porte du magasin de produits seconde mains Humana. Cette chaîne a ouvert des succursales dans toutes la ville, on y trouve principalement des vêtements mais aussi des animaux en peluche, des jouets, des livres, des chaussures et des sacs à mains.
J’en profite pour acquérir un fourre-tout en toile multi-poche au prix de 9,50€, le mien est resté à la maison, celui-ci restera sur le Chat Lune.
À 100 mètres de l’Alexanderplatz, au sud du district de Prenzlauer Berg, se trouve le cimetière ‘Neuer Kirchhof von St. Nikolai und St. Marien’. Il est en grande partie abandonné et les tombes sont recouvertes de ronces et de lierre. Une directive municipale annonce que 2/3 de la surface va être assainie et va changer de vocation, sans autre précision. Une plaine de jeu va peut-être faire le bonheur des enfants du quartier.
Plus loin dans la partie active, un clairon joue une version civile du ‘Last Post’. Nous apercevons entre les arbres, cinq personnes habillées de noir qui jettent une pelleté de terre dans une fosse fraichement creusée, l’atmosphère y est.
Les cimetières regorgent de surprises, ici nous découvrons le mausolée de la famille Pintsch du gabarit d’un temple romain.
Plus loin Kurt Eisele Atze a fait marquer sur sa tombe: ‘Habe ich Euch eigentlich schon gesagt wie schön es hier ist? (Vous ai-je déjà dit comme il fait beau ici?).
Enfin, on ne peut que sourire devant un monument sans autre inscription que: ‘Familie Ende’
Il est midi et la cantine de la Rote Rathaus est toujours ouverte au public avec un choix de plats du jour à des prix imbattables. Nous retrouvons notre ancienne routine.
Demain, la ville commémore le cinquantième anniversaire de la construction du mur de Berlin et la séparation ‘en dur’ des deux Allemagnes.
La ville regorge d’expositions et de manifestations consacrées à cet événement et aux drames que cette mesure a provoqué. Les traumatismes sont encore très vivants.
La galerie MORGEN-CONTEMPORARY dans la Oranienburgstrasse 27, expose des photos trouvées dans les archives secrètes de la Stasi. Le photographe Berlinois Simon Menner, a sélectionné une série de clichés insolites dont celle d’un agent Stasi habillé d’un manteau de fourrure pour la leçon de déguisement.
La victoire Danoise de Istedt le 25 juillet 1850 fut commémorée par un imposant lion en bronze. Cette première guerre du Schleswig-Holstein fit de Flensburg une ville Danoise et le lion, le regard fixé vers le sud, fut fièrement placé dans le vieux cimetière de Flensburg, au milieu des tombes des officiers tombés dans la bataille.
En 1864, les Allemands vainquirent les Danois, Flensburg re-devint Allemand et le lion fut transporté à Berlin dans la cour intérieure de l’école militaire des cadets Prussiens.
En 1945, les Danois demandèrent sa restitution à Eisenhower et la statue originale déménagea de Berlin vers Copenhagen.
Pour fêter les 725 années de Flensbourg en 2009, le Oberbürgermeister négocia avec les autorités Danoises, la restitution du lion. Cela ne se fit pas sans peine mais selon les sources bien informées, le 12 septembre 2011, le roi des animaux devrait reprendre sa place originale dans le vieux cimetière de Flensburg.
Nous irons le saluer lors de notre passage en octobre prochain.
En 1864, sur les rives de la Wannsee, le banquier Berlinois Wilhelm Konrad créa la ‘Colonie de villas Alsen’. Pour donner une touche historique de son initiative, il fit placer une copie de la statue du lion sur la colline au centre du parc des villas. Plus tard le fauve trouva sa place au bord de la Wannsee à côté de la villa où pris place la conférence du même nom.
Ce matin nous parcourons les salons de la villa ‘Haus der Wannsee-Konferenz’, où le 20 janvier 1942, quinze haut fonctionnaires SS et plusieurs ministres du Reich décidèrent de coopérer pour mettre en place la déportation et l’extermination de tous les juifs résidents sur leurs territoires. La conférence fut présidée par Reinhard Heydrich, le chef de la ‘Reichsicherheitshauptamt’. Les protocoles furent rédigés par Adolf Eichmann, l’expert en déportations.
Cette réunion marqua le départ des mesures qui aboutirent à la ‘Endlösung der Judenfrage’, la solution finale des questions juives. Les textes expliquent avec une clarté dénuée de toute ambiguité, les décisions prises et l’organisation à mettre en place pour réaliser ce projet. Des témoignages et des photos en illustrent les résultats.
Les visiteurs, nous inclus, parcourent les salles en silence.
Quelques centaines de mètres plus loin, la villa Liebermann a ouvert ses portes et expose au rez-de-chaussée l’histoire de la maison et à l’étage une large collection de peintures, pastels et aquarelles de l’artiste berlinois.
Après avoir été célèbre et célébré – il fut nommé citoyen d’honneur de Berlin – Max Liebermann mourut en 1935 dans la solitude de sa villa.
En 1940, sa veuve Martha fut contrainte de vendre la maison au Reich. Le fruit de la vente, qu’elle plaça en banque, lui fut confisqué.
Dans la logique de la conférence qui eu lieu quelques maisons plus loin en 1942, Martha Liebermann fut appelée à être internée dans le camp d’extermination de Theresienstadt. Elle se suicida pour échapper à ce destin.
Avant de rentrer au Chat Lune, nous allons caresser les pattes du lion.
‘À quoi sert le mur?’, demanda l’élève. ‘À nous protéger contre les envahisseurs fascistes’ répondit l’instituteur. ‘Alors pourquoi est-ce que le haut des barbelés est incliné vers nous?’ continua l’enfant. ‘C’est une erreur de l’architecte’ repondit l’instituteur.
Ce témoignage est à lire sur une des tables d’explication de l’exposition intitulée: ‘Hinter der Mauer’ qui vient d’ouvrir ses portes dans l’orangerie du château de Glienicke.
Les deux oreilles d’âne de Klein Glienicke faisaient partie de Babelsberg, commune de Potsdam et par conséquent, malgré qu’elle fut située au nord de la Griebnitzsee, territoire de Berlin Ouest, cette enclave à la forme biscornue devint, au grand étonnement de ses habitants, territoire DDR en 1945.
Au premières années de la séparation, cela n’eut guère de conséquence pour les 500 citoyens de la nouvelle république, le pont de Glienicke, la frontière entre Berlin Ouest et Potsdam se franchissait sans difficulté pour les Ossies qui travaillaient à l’Ouest et pour tous ceux qui avaient de la famille des deux côtés de la frontière.
Mais au fil des mois et des années qui suivirent, en raison de la fuite continue vers l’Ouest des forces vives et intellectuelles de la nation, les gouvernants de la DDR accumulèrent les obstacles à franchir pour leurs citoyens qui souhaitaient passer de l’autre côté, ne fut-ce pour acheter cent grammes de beurre.
Au trait de peinture s’ajouta un fil barbelé, puis deux fils barbelés en parallèle, suivi d’un mur, d’une tranchée, puis de deux murs et de la tristement célèbre Todesstreifen, le couloir de la mort, un couloir miné et ouvert au feu des mitrailleuses des gardes frontaliers.
L’enclave de Klein Glienicke, par sa particularité géographique, devint un défi pour les gardes frontières et un cauchemar pour les habitants.
L’exposition retrace à l’aide de photos, de témoignages, de documents secrets, d’extrait de journaux et de court métrages vidéo, la vie des résidents et les efforts des troupes de garde, chargées d’assurer l’imperméabilité de la frontière.
Nombreux sont ceux et celles qui souhaitaient quitter l’oppression du régime communiste, quelques uns y sont parvenus, plusieurs y ont trouvé la mort.
‘Wilhelm war Stinkesauer’ commente un passant devant la plaque commémorative scellée dans le mur au pied de l’imposant monument de la Porta Westfalica. Nous dirions, Guillaume Premier ‘râlait des barres’, car il était Roi de Prusse et Empereur ‘en’ Allemagne mais non Empereur ‘de’ l’Allemagne, grosse nuance.
Sachant que la majorité des visiteurs ignorent la différence, Guillaume a fait mettre sur la plaque ‘Deutscher Kaiser’.
Sur le chemin de Potsdam nous quittons l’A2 pour gravir la colline au sommet de laquelle Guillaume I semble d’un geste large, saluer ses troupes en route pour Sedan.
Le monument est visible de loin et un arrêt figurait depuis plusieurs décades sur notre liste des choses à faire. Nous lisons que le pays comptait répartis en Prusse, 200 mémoriaux dédiés à l’empereur, il en reste un dizaine.
Notre première halte de la matinée après avoir quitté Herford est la ville balnéaire de Bad-Salzuflen. Le lieu est connue pour ses bains et ses trois sources, dont une saline. Nous voulions voir les ‘Gradierwerke’ inventés en 1767 par le Baron van Beust pour augmenter la teneur en sel de l’eau évaporée et ainsi quadrupler la productivité de la récolte des installations.
L’extraction de sel pris fin en 1954 et aujourd’hui les ‘Gradierwerke’ ont été reconvertis en machines à fabriquer de l’air salin, dont l’effet curatif des maladies respiratoires est connu. De l’eau saline s’écoule lentement sur trois constructions en bois d’une dizaine de mètres de haut et d’une longueur totale de 400 mètres, l’air ambiant qui s’en dégage, doit imiter le climat du bord de mer.
Nous respirons quelques fois profondément et nous reprenons l’A2 jusque Marienborn, l’ancien poste frontière entre la DDR et l’Ouest. Comme je l’ai signale plus haut, en chemin nous saluons Guillaume I.
Jusqu’en 1989, l’accès terrestre le plus important vers Berlin Ouest était l’autoroute A2, un cordon ombilical en béton armé, qui traversait le territoire de la DDR sur 200 km.
La porte d’entrée était située à Marienborn près de Helmstedt. Le gouvernement parano du pays communiste y avait installé une zone de contrôle dont le but était d’empêcher ses citoyens de fuir le régime et par la même occasion d’emmerder pendant des heures, par des vérifications nombreuses, doubles et triples, les courageux visiteurs de l’ancienne capitale de Prusse.
Après la chute du mur, il fut décidé de ne pas démonter l’ensemble mais de maintenir les parkings, les baraquements, les aires de contrôle, les barrières et les blocs de logements des inspecteurs, une ‘Gedänkstätte’.
Le tout est agrémenté de panneaux explicatifs multilingues, de photos et de témoignages de ceux qui y sont passé et de ceux qui y ont travaillé, pendant les 28 années de l’existence de la frontière murée.
Un des pavillon comporte un fosse de visite avec l’outillage mis à gracieusement à la disposition de l’automobiliste qui avait eu la malchance de voir son véhicule démembré à la recherche d’un éventuel passager clandestin. La mission des inspecteurs était la quête, pas la reconstruction de l’objet mutilé.
Tous les inspecteurs étaient des membres du MfS, le ministère de la sécurité, aussi appelé Stasi, le service secret de la DDR. Ils avaient été spécialement sélectionnés et formés à la « psychologie opérative », de manière à leur permettre de déceler les citoyens suspects.
Quel bonheur que de pouvoir à l’aise, dans la station essence adjacente, boire un café et poursuivre notre route sans encombre.
Herford choisit Jan Hoet comme ‘Gründungsdirektor’ et Frank Ghery comme architecte pour créer MARTa, un musée qui recherche la synergie entre l’art, le design et l’architecture.
Malgré notre intérêt pour l’art moderne et pour l’art contemporain et nonobstant le fait que Jan est un vieil ami ainsi que le cousin germain par alliance de M., nous n’avions jamais pris le temps de nous arrêter à Herford. Cette année-ci j’avais réservé une chambre dans l’hôtel Hansa plusieurs mois à l’avance et en chemin vers le Chat Lune nous y fîmes halte.
Herford est une de ces petites villes allemandes, propre et prospère, tranquille mais non sans histoire.
Lors de notre promenade vespérale, nous sommes tombés nez-à-nez avec une imposante statue équestre de Wittekind, duc de Saxe, célèbre pour avoir résisté à la christianisation de son peuple et comme tel, adversaire farouche de Charlemagne.
Plus proche de nous, la ville se souvient de l’indifférence de ses citoyens face aux déportations des juifs par les nazis comme en témoigne une notice commémorative intitulée: ‘Tous purent le voir, un grand nombre tournèrent la tête’. Voir ci-dessous.
Dans les rues commerçantes, des plaques en cuivre soulignent qu’ici un magasin fut ‘Arien-nisé’, là un cinéma juif ‘Censuré’ et plus loin en 1939, une famille a fermé l’affaire et a quitté le pays.
Nous retrouvons aussi de nombreuses ‘Stolpersteine’, ces petites tablettes où figure un nom, une date de naissance, la date de la déportation de la personne et enfin, la date et le lieu de son assassinat. Arrêtez-vous un instant à la vue des photos ci-jointes.
Pour connaître l’origine des Stolpersteine, cliquez sur le lien suivant: http://www.stolpersteine.com/start.html
Pour MARTa, Ghery a posé sa griffe de briques rouge et de tôles en inox, les volumes intérieurs sont grand mais le tout fait désordre. Les plafonds sont inclinés dans tous les sens, les murs ondulent et nous regrettons le manque de sérénité que nous aimons dans les musées.
Nous sommes venus attirés par l’exposition dédiée à Buckminster Fuller. C’est notre jeunesse de soixante-huitards, les géo-dômes, la Dymaxion Car #4 et l’exposition universelle de Montréal en 1967.
C’est aussi le ‘Whole Earth Catalogue’ et ‘Shelter’, livres mythiques des rêveurs aux cheveux longs que nous admirions tant.
Idéaliste et écologiste avant que le mot ne fut inventé, ‘Bucky’ Fuller ne fut jamais pris très au sérieux par ses contemporains, architectes, ingénieurs, académiciens et politiciens.
N’empêche qu’il eu une volée de disciples et d’admirateurs dont quelques oeuvres sont exposées ici.
La rétrospective a été composée par Norman Foster, l’architecte du Reichstag. Ce dernier a bien connu Fuller pour avoir collaboré avec lui pendant une douzaine d’années.
Au printemps en 1976, Claude Lelouch, au volant d’une Ferrari 275 GTB, traversa Paris à grande vitesse, à la levée du jour. Il partit du périphérique, remonta l’avenue Foch, contourna l’arc de triomphe, pris les Champs-Elysées jusqu’à la Concorde, puis les quais, la place de l’Opéra, la place Pigalle pour finalement s’arrêter devant le Parvis du Sacré Coeur, où il descendit du véhicule pour enlacer la femme qui venait à sa rencontre. Lelouch publia le court métrage de cet évènement sous le nom de: ‘C’était un rendez-vous’
Il figure dans le catalogue de Youtube, voir le lien ci-joint.
Mettez un casque, ouvrez grand l’écran de votre Mac et laissez l’adrénaline se déverser dans vos veines.
Comptez les feux rouges brulés, frissonnez au passage des voitures évitées de justesse et au camion poubelle contourné par le trottoir, laissez-vous griser par le bruit du moteur qui rugit à chaque changement de rapport, pensez à Dutronc et buvez les vues de Paris qui s’éveille.
Cette semaine mon ami L. m’a gracieusement prêté sa Jaguar type E. Il rêvait depuis longue date d’en acquérir une, je l’aidai dans sa recherche, nous parcourûmes l’Europe virtuellement par ordinateur et physiquement en voiture.
Les Allemand disent ‘Vorfreude ist die beste Freude’ et notre recherche fut passionnée, enrichissante et instructive.
Nous en vîmes des belles et des moins belles, des comme neuves, des reconditionnées à partir de pièces d’origine, des flamboyantes dont la misère mécanique était camouflée par une couche de peinture fraîche, des pas du tout d’origine mais remises à neuf au goût douteux de nouveaux riches dont l’ambition est d’impressionner le voisin, pas de participer à des rallyes d’ancêtres.
Nous fûmes perplexes de découvrir que la fourchette des prix partait à 10.000€ pour une voiture qui roulait encore mais dont la sénilité était marquée, jusqu’à 160.000€ pour un modèle sortant d’un écrin.
Nos mains caressèrent les flancs d’une belle bête couleur bordeaux chez un marchand à Versailles, nous scrutâmes une rouge, un soir tard, chez un spécialiste Jaguar dans le Nord-pas-de-Calais, une bleue foncée, récemment importée de Suède attira notre attention à la foire d’Anvers ainsi qu’une British racing green à la foire de Gand.
Nous nous apprêtions à partir pour Essen, la reine des foires du genre, mais un matin, après un tour d’horizon sur la toile, qui me conduisit aux USA, en Angleterre, en Norvège et en Suède, je découvris à Warmond au nord de Leiden, chez Witmer & Odijk, une type E, de la série un et demi, de couleur bleue clair, qui nous paraissait répondre à la liste des conditions que par élimination successive notre recherche nous avait conduit à établir.
C’est finalement chez ce spécialiste de voitures anciennes de haut de gamme, qui Dieu sait pourquoi, s’était installé dans ce village triste et stérile, commun à nos voisins de nord, que mon ami L. sortit son carnet de chèque.
Chaque matin, depuis trois jours, je consulte les prévisions météo, je prend note des heures ensoleillées et à chaque éclaircie, je démarre le six cylindre et je pars capote ouverte sur les routes de Flandre.
Accordez-moi un moment de poésie mécanique.
Je suis de la génération de ceux qui ont conduit des autos tel que ma première acquisition, une Mercedes 170 de 1948. C’est l’époque où changer de vitesse demandait du doigté, c’est l’époque où la direction assistée n’existait qu’en laboratoire et où les freins à tambour obligeaient le conducteur à anticiper les obstacles longtemps à l’avance.
La Jaguar pèse 1200 kg, développe 200 CV DIN et elle est équipée de freins à disques de la première génération qui arrêtent la voiture en temps voulu à condition d’appliquer une pression forte et violente sur la pédale centrale.
Sa conduite met en éveil tous les sens. Changer de rapport demande un temps d’arrêt de 5 milli secondes au point mort pour monter et de 10 milli secondes à la rétrograde. Le rapport choisi s’enclenche avec précision sous ma main qui tient fermement le levier de vitesse, un plaisir.
La caisse vibre sur les routes pavées mais c’est une vibration solide, je reste collé au siège et j’ai l’impression de faire corps avec la bête.
La sensibilité de la pédale d’accélérateur demande de chausser des escarpins à fine semelles. J’acquière sans mal la douceur nécessaire au dosage subtil des gaz mais dès que l’occasion se présente j’enfonce le pied droit, l’animal rugit de plaisir et il se propulse en avant dans un ronflement sourd. L’effet est global, j’ai le dos qui entre dans le dossier, le vent me décoifferait si j’avais encore des cheveux et le bruit est grisant.
Pas d’ESP, pas d’ABS ni d’autres subtilités électroniques qui déplacent la maîtrise du véhicule du conducteur à la voiture. Ici, lorsque le cul part en survirage, je lâche un tantinet les gaz et tout se remet en place et lorsque les pneus glissent au freinage, je lève le pied et ils s’agrippent à nouveau. La redécouverte de sensations anciennes.
Le sommet de la jouissance sensuelle est donné par les odeurs. Sur les routes de campagnes, l’air transporte un mélange de molécules de cambouis chaud, d’essence multigrade, de gazon fraîchement coupé, de bouse de vache et de fleurs des champs, le pied, je devrait dire ‘le nez’.
C’est pourquoi, lorsque je pris le volant pour la première fois, ma mémoire me projeta dans le film de Claude Lelouch.
Pour tuer la légende qui entoura pendant trois décades ces huit minutes de plaisir, Lelouch dévoila dans une interview en 2006, que son film avait été tourné à l’aide d’une caméra fixée sur le pare-choc avant de sa Mercedes 450 SL 6,9 L et que le doublage du son fut réalisé par après avec une Ferrari 275 GTB.
Il pilota lui-même sa voiture et le film fut tourné en une seule prise et sans préparation. La seule précaution prise fut la présence d’un assistant au passage des guichets du Louvre, à cause de la visibilité nulle. L’ironie veut que cette mesure de prudence ne servit à rien car le walkie-talkie était en panne.
N’empêche qu’il faut savoir qu’avec ses 280 CV, la Mercedes étale la même puissance et les mêmes performances que la Ferrari, le bruit en moins mais le confort de la suspension hydropneumatique en plus, ce qui permit de tourner le film.
Je répète, pour ceux qui ne l’ont pas encore fait, si vous voulez avoir une idée du plaisir que procure la conduite d’un engin comme la Jaguar, regardez la clip de Lelouch.
Il y a 720 ans, le 1er août 1291, quelque part au-dessus du lac des Quatre-Cantons, une poignée de montagnards se réunissent dans la prairie du Rütli. Il font le serment de s’entraider contre les exactions du seigneur des lieux. Selon la tradition, cette cérémonie marque la naissance de la Suisse indépendante, que ce pays célèbre aujourd’hui.
Née le même jour, ma mère, native de Saint-Galles en Suisse alémanique, fêterait aujourd’hui ses 101 ans.
Au numéro 8 de la rue Neuve à Ostende, un Belge amoureux du pays de mes ancêtres, a ouvert il y a quelques mois, le Bündnerstübli, un restaurant qui offre des spécialités du pays, comme la fondue au fromage et la Bündnersfleich (viande des Grisons).
Nous dégustons une raclette pomme vapeur, accompagnée d’une salade. La maison se targue de proposer les meilleurs vins Suisses et aujourd’hui le patron offre à ses clients un verre au choix. Le Johanisberg active ma mémoire olfactive et en pensée je me retrouve attablé à une fondue au Gruyère dont ma mère faisait une spécialité en insistant bien fort que le fromage était de son pays.
L’anniversaire passe inaperçu aux touristes qui ont envahi Ostende en ce premier jour du mois d’août.
Nous prenons le ferry que la ville met gracieusement à la disposition des estivants pour traverser la rade du port. La rive est est industrielle, les bateaux de pêcheurs y ont leur attache derrière l’écluse et la minque fonctionne toujours. Le but de la traversée pour passagers du bac est la cafétéria du fort Napoléon.
Nous marchons vers la mer et nous franchissons les barrières qui interdisent l’accès au nouveau môle Est, dont le gros oeuvre est terminé. De nombreux pêcheurs à la ligne ont comme nous, ignoré l’interdiction et ont déplié leurs cannes à lancer et tout leur équipement sur le béton à peine sec qui sertit les blocs en granit de la nouvelle digue.
L’empilement sur trois niveaux des blocs en béton armé à la tête du môle mérite de figurer sur la liste des oeuvres d’art de la prochaine édition de Beaufort; ce n’est pas le cas.
Cette quatrième triennale est planifiée en 2012 du 31 mars au 30 septembre.
Pour les intéressés, le site est http://www.beaufort04.be
On y sera.
En 1866, ‘la guerre des cimetières’ valut au Westerbegraafplaats l’attribut de ‘Cimetière de Gueux.’
Cette année-là, une épidémie de choléra fit des ravages dans les cités ouvrières de la ville et le bourgmestre, Charles de Kerchove de Denterghem confia à l’architecte Adolphe Pauli la construction d’un nouveau cimetière situé hors ville, au nord du canal Gand Bruges. Libre-penseur et franc-maçon, le premier citoyen de Gand voulut qu’en bon voisinage avec les catholiques, les protestant, les juifs et les libres-penseurs puisent y trouver leur dernière demeure.
L’évêque Henri-François Bracq, qui selon notre guide An Hernalsteen était plus catholique que Dieu, ne l’entendit pas de cette oreille et dans une lettre qu’il fit lire le dimanche par ses curés à l’occasion du sermon, il menaça ses ouailles des feux de l’enfer, si par audace ils envisageaient de faire enterrer leurs proches dans ce lieu non consacré et par essence maudit.
L’interdit fut levé en 1919 lors des ravages de la grippe espagnole, par Emile-Jean Seghers, un évêque moins rabique et/ou plus pragmatique que ses prédécesseurs.
L’érudite cicérone An Hernalsteen, notre découverte des fêtes de cette année, nous dévoile par le biais d’artistes Gantois enterrés dans le ‘Westerbegraafplaats’, la confrontation des peintres au dix-neuvième siècle, à la naissance menaçante de la photographie.
Le peintre Fernand Scribe, le graphiste Jozef Cantré et le scientifique Désiré van Monckhoven, pour n’en citer que trois, ont vécu intensément l’évolution technologique du nouveau procédé ainsi que le bouleversement sociologique que ce nouvel art a provoqué parmi les artistes et les utilisateurs.
Ceux que l’art nécrologique intéresse peuvent en savoir plus en ouvrant le lien suivant: http://www.grafzerkje.be.
Depuis jeudi, le théâtre de rue Miramiro a repris possession des terrains de l’ancienne abbaye Saint-Bavon et pour l’occasion, la ‘Spaanskasteelplein’ a été rebaptisée ‘MiramirO-plein’.
Le talentueux clown espagnol Leandre ravit la foule avec son spectacle d’improvisation où le spectateur devient acteur. L’artiste a l’art de choisir des enfants qui jouent le jeu comme s’ils avaient pendant des heures, répété leur part. Le jeune homme qu’il cueille pour lui servir de partenaire dans l’acte classique du miroir sans glace, mérite tout autant les applaudissement du public.
Dimanche soir le ciel est clair, pas un nuage à déceler à l’horizon et près d’une heure à l’avance, la pleine du Sint-Baafsdorp se remplit de jeunes et de moins jeunes, les uns assis par terre en demi-cercle devant le podium, les autres en rang d’oignon sur la rangée des bancs qui ferme le demi-cercle. Les retardataires prennent place debout derrière les bancs.
Sur le podium, un drap blanc recouvre ce qu’on devine être un piano à queue; l’ensemble se détache sur un décor de ciel bleu nuageux.
À 20:30 les protagonistes apparaissent et délivrent pendant une heure une exhibition qui tient du cirque acrobatique et poétique. L’homme et la femme virevoltent autour et dans le le piano qui est le troisième personnage de l’acte.
Il sert d’instrument de musique, de tremplin, de lit, de glissoire et de boîte magique.
L’homme jongle avec des balles souples, il traine un drap de lit, un oreiller qui se multiplie au fil du déroulement des scènes et un balai qui parfois sert de tremplin.
Le piano monte, descend et se dresse verticalement au gré de la fantaisie des acteurs.
À mi-parcours une mignonne fillette est réquisitionnée pour une série de scenettes qu’elle remplit à merveille, le public adore, moi aussi et un long et fracassant applaudissement ponctue la plus étonnante et émerveillante attraction que j’ai eu le plaisir de voir pendant ces fêtes 2011.
Ils s’appellent D’Irque et Fien, le spectacle a comme nom ‘Carrousel des Moutons’ et leur site est: http://www.dirque.com
Ce lundi soir, nous allons pour la dernière fois cette année-ci, chanter à Saint-Jacques.
‘Le plus célèbre cimetière de Gand, le Campo Santo, n’est pas un campo santo et ce n’est pas le plus beau de la ville. Un campo santo est rectangulaire, entouré d’un mur et coupé en croix par deux allées, de manière à former quatre aires de repos, ce que voyez ici n’y ressemble en rien. L’attribut qui malheureusement est resté collé, lui a été erronément donné par un journaliste ignare du siècle dernier’.
Voila ce que notre guide, An Hernalsteen, nous donne comme introduction à la visite du cimetière de Mont Saint Amand. Et elle rajoute: ‘Le plus beau cimetière de Gand est le Westerbegraafplaats, mon jardin’.
Les deux heures de plaisir à écouter An Hernalsteen, à découvrir la beauté des pierres, la signification des symboles et les anecdotes des familles et des individus, célèbres et moins célèbres, confirment que nous avons raison chaque année, de verrouiller les écoutilles du Chat Lune pour revenir à Gand lors des fêtes annuelles.
Samedi matin, avant le signal de départ du cortège qui marque le début des festivités, notre bourgmestre Daniel Termont, nous a promis d’être mouillés à l’intérieur et à l’extérieur.
Une fois n’est pas coutume, il s’avère que cette promesse de politicien se réalise.
Les vendeurs de frites se plaignent et l’initiateur de la plage avec parasols, chaises longues et caipirinha-rhum du marché au lin, jure qu’on ne l’y reprendra plus.
N’empêche qu’il ne pleut pas tout le temps et qu’entre deux averses, à condition d’avoir enfilé un pull en laine, la foule, sourire aux lèvres, remplit les rues du centre de la ville.
Trouver son bonheur dans la multitude des spectacles, musées et expositions demande un travail de préparation que M. se charge chaque année d’accomplir avec minutie et diligence.
Comme le veut la tradition, samedi soir à Saint-Jacques, Walter De Buck, du haut de ses 77 ans, nous offre un récital de ses grands classiques. Après quoi, selon un nouvelle tradition, Wim Claeys et ses amis musiciens animent un quart d’heure de chansons du répertoire de Walter. C’est depuis 5 ans, une ligne fixe journalière du programme de Saint-Jacques.
Chaque jour également, le spectacle de Pierke Pierlala, alias Luc De Bruycker, fait salle pleine au Willemsfonds et son analyse critique de l’actualité politiques de notre ville nous remplit de joie.
Rue des Foulons, dans ‘l’Aula’ de l’université, une exposition est consacrée aux soins vétérinaires des chevaux.
Une vingtaine de planches détaillent des remèdes anciens dont voici mon préféré:
‘Pour vendre au marché un cheval méchant, le priver d’eau pendant deux jours et le jour de la vente, lui remplir la gorge avec une douzaine d’anguilles. L’animal sera sage.’
L’idée du présent blog m’est venue en lisant les récits de voyage écrits par des amateurs de navigation fluviale dans la revue française ‘Fluvial’ et dans la revue ‘Pleasure’ éditée par Linssen.
Nos collègues navigateurs mettent en premier lieu l’accent sur le bateau, les rivières, les écluses, les caractéristiques des étapes et les contingences de la navigation en général. En deuxième lieu, ils parlent des restaurants et du bon vin qu’on a bu et en troisième lieu ils racontent les villages, les églises et les châteaux.
Je tente l’expérience.
Le 4 mai dernier, par un beau soleil de printemps, nous lâchons les amarres du Chat Lune et je tourne la barre plein sud sur la Templinersee, direction Werder.
Le Havel est une des deux rivières qui traverse Berlin pour ensuite se jeter dans l’Elbe à Havelberg.
Je dis ‘le’ Havel car ça sonne mieux que ‘la’ Havel mais en réalité je n’en sais rien.
Le genre des fleuves et des rivières m’a toujours intrigué.
J’ai pensé un instant que les fleuves étaient du genre féminin mais ‘le’ Rhône me contredit. Même chose pour les rivières, ‘la’ Marne se jette dans ‘la’ Seine’ mais ‘le’ Cher est un confluant de ‘la’ Loire; mais je digresse.
Passé Berlin, le Havel est une succession de lacs, de marais et de rivières, le tout est bien balisé et la navigation est aisée d’autant qu’il n’y a pratiquement pas d’écluses.
Pour ceux qui ne l’avait pas encore remarqué, et je ne leur en fait pas grief car il m’a fallu y naviguer pour m’en rendre compte, Berlin est entouré de lacs et les Berlinois en prennent un grand plaisir. Les fortunés construisent des villas le long de la Wannsee, les sportifs louent des canoës et les amateurs de plages se vautrent dans les paniers-chaises en osiers qui les protègent du vent et du soleil.
Mais je digresse.
De Potsdam à Havelberg, nous faisons escale à Ketzin, à Brandenburg et Rathenau, comme je l’ai raconté dans mes blog de mai.
Pour nous qui venons de Berlin, l’écluse de Havelberg est la porte de l’Elbe.
Je m’annonce toujours par VHF aux opérateurs des ouvrages d’art. C’est une forme de politesse qui témoigne d’un certain professionnalisme et on est informé sur la procédure à suivre et sur les éventuels temps d’attente à envisager.
L’expérience nous a montré qu’en prime il arrive souvent que les éclusiers nous font la grâce d’une bassinée sans attendre l’arrivée aléatoire d’un quelconque commerce.
En Allemagne, les montants vont ‘zur Berg’ (vers la montagne) et les avalants ‘zu Tal’ (vers la vallée). On dit par exemple: ‘Schleuse Havelberg für Motoryacht Chat Lune, Guten Morgen. Wir sind zu Tal, ein Kilometer entfernt von Ihre Schleuse, und wir möchten auf die Elbe’
La réponse est: ‘Sportboot Chat Lune, legen sie an an die Wartestelle, die Schleuse wird vorbetreitet, warten sie auf das grüne Licht, Ende.’
Sur les petites rivières et sur les petits canaux, la VHF est parfois remplacée par le GSM et il arrive que la communication sans fil soit inexistante. Alors, on vit de l’espoir que les opérateurs soient en place et attentifs.
Il y a cinq ans, sur l’Yonne, j’ai du m’amarrer pour aller réveiller l’éclusier qui en début d’après-midi, endormi à son poste, cuvait le rouge qui avait accompagné son pain saucisson.
C’était par une belle et chaude journée d’été et en France, les écluses, à l’exception de celles de la Seine, ferment de midi à 13:00, le temps d’un casse croûte.
Mais je digresse.
La remorque de cuisine militaire a toujours sa couleur originale, les deux fourneaux sont alimentés par un bec Bunsen, le réservoir de gauche contient une épaisse soupe aux pois et celui de droite de l’eau chaude dans laquelle flottent quatre sortes de saucisses, Knackwurst, Bockwurst, Wienerwurst et Frankfurter.
Une planche sur tréteaux aligne des boîtes en plastique transparent avec des fourchettes, des cuillères et des couteaux. Le propriétaire et cuisinier sert au choix un bol de soupe pour 2€ sans ‘Wurst’ et pour 1 € de supplément ‘avec’; les tartines de pain blanc sont à prendre à volonté.
Une autre planche pas tout à fait horizontale montée sur 4 pieux en métal et recouverte d’une toile cirée clouée, sert de table autour de laquelle six chaises en plastique attendent le client.
L’ensemble est placé sous un auvent en toile synthétique blanchâtre. Sur le toit, écrit à la main, on peut lire ‘FELDKÜCHE’.
Il est 1:30 h, nous sommes en route vers Sacrow, le muesli du matin est digéré depuis longtemps et au passage, M. repère l’endroit du coin de l’oeil.
Je fait demi-tour, nous arrêtons la voiture sur le terrain vague où se trouve la restauration et nous dégustons avec appétit le plat du jour avec ‘Bockwurst’.
À l’entrée du terrain vague, un maraicher vend les produits de sa ferme, légumes, fruits, oeufs de poules et oeufs de cailles. Une poignée de cerises nous font un dessert.
En 1773, le Lieutenant Général Suédois, Graf von Hordt, commandant de la Citadelle de Spandau fit construire à Sacrow dans un parc situé le long de la Jungfernsee, un petit château style Rococo.
La vue est surprenante, du fronton on aperçoit la ‘Pfaueninsel’, le ‘Schloss Klein Gienicke’ et le ‘Glienicker Brücke’.
En 1945 la propriété devint ‘Volkseigentum’ et servit comme orphelinat et centre de revalidation. Les jardins de Peter Joseph Lenné furent utilisés comme terrains d’entrainement pour les chiens de garde des frontières de la DDR.
La tristement célèbre ‘Todesstreifen’ contourna la propriété.
En 1996 des arbres furent replantés et aujourd’hui seules les photos comme celle ci-jointe, montrent encore la situation telle qu’elle était pendant la période des deux Allemagnes.
Au pied du parc, se trouve la ‘Heilandskirche am Port von Sacrow’.
L’église fut construite en 1844 d’après les esquisses de Friedrich Wilhelm IV par Ludwig Persius, un de ses architectes favoris.
Le style est Italien, la campanile est séparée du corps de l’édifice et vu du haut, le tout fait penser à un bateau amarré au bord du lac.
Dans le parc un chêne millénaire vit ses dernières années. Il a vu les Slaves, les rois et les empereurs Prusse, les bombes tomber sur Potsdam, le tablier du Glienicke Brücke s’effondrer par le tir d’un char soviétique et les chiens des gardes-frontière de la DDR lui ont pissé dessus. Aujourd’hui, le calme est revenu et il arrive qu’un touriste égaré le prenne en photo. Il est temps de partir doucement.
Le 28 octobre 1743, la ville de Potsdam accorda à la communauté juive un terrain ‘welchselbiger sonst zu nichts zu gebrauchen war’ pour établir un cimetière.
Jusqu’à cette date, les juifs de Potsdam devaient enterrer leurs morts à Berlin.
Accolé au ‘Eichenberg’, la colline pris dès lors le nom de ‘Judenberg’.
La légende veut que le matin de la Pentecôte de l’an 1804, la reine Luise gravit la même colline qui depuis porte le nom de Pfingstberg.
Ce matin, en chemin vers le Belvedere nous poussons la porte de l’église orthodoxe Alexander-Newski de la communauté russe Alexandrowka.
Cette communauté qui comporte 13 maisons style ‘dasha’ fut crée en 1826 à la demande du roi de Prusse Friedrich Willem III pour héberger une chorale de soldats russes.
Le soldat bénéficiant d’une des maisons devait être marié, l’habitation restait la propriété des héritiers en ligne masculine. Restent aujourd’hui comme descendants des chanteurs, les familles Grigorieff et Schischkoff.
L’église se trouve sur la colline qui précède la Pfingstberg. Elle est carrée, avec une tour au centre et une tourelles à chaque coin. L’intérieur est chaud, meublé d’icônes et de bougies et les visiteurs sont priés de se déchausser avant de fouler les tapis qui recouvrent le sol. À l’extérieur à gauche de l’entrée, quatre cloches sont suspendues à un portique en bois.
À notre arrivée, nous croissons une jeune femme qui sort a reculons de l’édifice. Elle se signe et s’agenouille à plusieurs reprises face à la porte qu’elle vient de refermer.
Elle se retourne, nous dit gentiment bonjour et disparaît par le sentier qui mène au bas de la colline.
Friedrich Wilhelm IV aimait la vue que le Pfingstberg offrait de Potsdam et il confia aux architectes Persius, Hesse und Stüler la mission de lui construire un Belvedere au sommet de la colline. Il en avait fait les esquisses lui-même en s’inspirant du casino de la Villa Caprarola au nord de Rome.
La construction débuta en 1847 mais fut interrompue à plusieurs reprises pour des raisons financières et le roi mourut en 1861. Son successeur Wilhelm I fit terminer le projet deux années plus tard en une version plus modeste.
Les guerres et le manque de ressources ruina l’édifice et ce n’est qu’en 1987 qu’un groupe de jeunes Potsdamois créèrent la « Arbeitsgemeinschaft Pfingstberg“ qui en 1990 devint „Förderverein Pfingstberg e. V.“
Cette association réussit à réunir les fonds nécessaires au sauvetage et à la reconstruction de cet ensemble remarquable. Il est accessible au public depuis 2003.
En substance ce ne sont que deux tours d’observation aux pieds desquels on accède par deux rampes d’escalier en pierre. Un escalier en colimaçon en fer forgé permet ensuite d’accéder à la plate forme au sommet de chaque tour.
Mais que c’est beau et la vue est imprenable et on comprend Friedrich Wilhelm IV et on félicite et on remercie les membres de la Förderverein Pfingstberg e. V.
Le 1 mai 1960, l’avion espion américain U2 fut descendu par les soviétiques. Le pilote Francis Gary Powers fut capturé et condamné à dix années de prison pour espionnage.
Le 1957, Rudolf Ivanovitch Abel est arrêté par le FBI et condamné à trente années d’emprisonnement pour espionnage.
Pour la petite histoire, Abel est en réalité le lieutenant-colonel William Fisher qui pour les besoins de la cause utilise le nom de son ancien ami et collègue, décédé à Moscou en 1955.
Le 10 février 1962, sous Kennedy et Chruschtschow, Powers et Abel furent échangés et ils se croisèrent en s’observant avec curiosité au passage de la ligne blanche qui marquait le frontière entre les deux Allemagnes au milieu du Glienicker Brücke.
Depuis lors et une quarantaine d’échanges d’espions plus tard, le pont porte le nom de ‘Brücke der Spione’.
Au pied du pont se trouve une imposante villa peinte en crépi jaune clair entourée d’un beau jardin à l’anglaise. Elle abrite un musée qui retrace l’histoire du pont et à l’étage une rétrospective temporaire des premières oeuvres d’Andy Warhol. Une cafétéria sert des repas simples sous le feuillage des chênes et des hêtres centenaires.
Le Glienicker Brücke actuel est le quatrième pont successif sur le Havel qui relie Potsdam à Berlin.
Le premier fut construit en bois à la fin du 17e siècle. La sympathie que les princes, les rois et les empereurs Prusse témoignèrent à Potsdam ainsi que l’intensification du trafic commercial fluvial, vit la construction d’un deuxième et plus grand pont en bois au 18e siècle, suivi d’un pont en pierre au 19e et finalement le pont actuel fut construit en 1907.
En 1945, la Wehrmacht et l’armée soviétique avaient miné l’ouvrage mais aucun des antagonistes ne souhaitaient le voir détruit.
Le dernier jours des hostilités, un char soviétique tira une salve qui fit exploser une des mines et un des tabliers s’effondra. Compte tenu de l’importance stratégique du passage, un pont provisoire en bois fut construit en parallèle et en 1947, le pont original fut remis en état.
Au premières années de la DDR, le passage du pont qui formait la nouvelle frontière était autorisé mais le 3 juillet 1953, huit ans avant l’érection du mur à Berlin, le 13 août 1961, la traversée du pont fut interdit à toute personne non autorisée, c’est à dire pratiquement à tous les citoyens, ceux de l’est comme ceux de l’ouest.
L’ironie du Glienicke Brücke est que pour le traverser et aller de la DDR à Berlin ouest, il faut aller géographiquement de l’ouest vers l’est.
Le musée de la villa Schōningen documente tout cela et beaucoup plus avec précision et à l’appui de textes et de photos.
Je n’aime pas trop les musées qui utilisent à outrance des dispositifs audio-visuels interactifs. Schöningen a réussi à me charmer par l’usage d’écrans Apple de 27 » agrémentés ou pas d’écouteurs légers et discrets.
Ne croyez pas que je dise cela parce que je suis un adepte des produits de Steve Jobs, c’est simplement beau, discret, efficace et élégant et instructif.
Pour les perspicaces, le 13 août prochain il y aura 50 ans que le mur de Berlin fut construit. Cet évènement sera abondamment fêté, l’équipage du Chat Lune a l’intention d’y participer.
En 1920 la Deutsche Werke AG fabriqua à Spandau la moto D-Rad.
Au début des années trente l’entreprise fusionna avec NSU-Werke, laquelle fusionna en 1969 avec Auto-Union, qui appartenait au groupe VW, pour former la société Audi.
Le musée de la citadelle expose une belle petite Audi.
En plus des canons, des cartouches, du feu d’artifice et des motos d’antan, à l’heure actuelle, Spandau c’est aussi Siemens, Bausch & Lomb et Axel Springer.
La banlieue de Berlin a gardé sa vocation industrielle.
À 08:00 nous quittons la Wasserfreunde 04, nous passons seuls l’écluse de Spandau et descendons le Havel jusque Potsdam, où le Chat Lune retrouve l’emplacement de l’année dernière, dans la Neustädter Havelbuch, chez Baldur, Hannelore et leur deux teckels.
En chemin, nous avons traversé la Kleine Wannsee, bordée des grosses propriétés des riches Berlinois.
Plus loin dans la Griebnitzsee nous découvrons côté eau, l’arrière des trois villas ‘historiques’ dans lesquelles logèrent Churchill, Truman et Stalin pendant les négociations de Potsdam en juillet 1945.
Je réfère à mon blog du 05 septembre 2010, intitulé ‘Churchill, Stalin et Truman’ où je décris la promenade que nous avons faite dans la ‘Villenkolonie Neu Babelsberg’.
Notre tour est bouclé, après avoir pris repris possession du Chat Lune le 29 avril, nous avons quitté Potsdam le 4 mai 2011. Nous avons descendu le Havel jusque Havelberg et puis l’Elbe jusqu’à Dönitz. Quart de tour vers l’est sur la Elbe-Müritz Wasserstrasse jusqu’au Müritz en faisant en cours de route un crochet par Schwerin. Ensuite ce fut Neustrelitz, Templin, le Finowkanal, l’Oder aller-retour jusque Szczecin et enfin, notre destinée favorite, Neuruppin.
Pour ceux qui aiment les chiffres, nous vivons à bord depuis 63 jours, le moteur a tourné 117 heures et il a consommé 415 litres de fuel soit un peu plus de 3,5l/h.
Je ne me suis pas amusé à faire le détail, mais sur une carte au 450.000, mon curvimètre indique que nous avons parcouru 1100 km. Ça peut en faire un peu plus car sur une carte à grande échelle l’instrument ne suit pas les méandres des rivières.
Sur base de 1100 km, notre vitesse moyenne est de 9,4km/h. Sachant que sur la majorité des rivières la limite est 9km/h, nous avons du faire de l’excès de vitesse.
Pour ceux qui aiment les sous, le fuel marin nous a coûté en moyenne 1,5 €/l et les frais des marinas en Allemagne Fédérale s’élèvent en moyenne à 1€/m/nuit + 1€/ personne/nuit.
Nous sommes deux, le Chat Lune fait 10 m, nous payons en moyenne 12€ la nuitée.
Pour ce voyage, notre dépense journalière moyenne pour le fuel et la nuitée combinée, s’élève donc à 22€.
Voila, vous savez tout.
Nous allons bientôt rentrer au pays et j’ai l’intention d’interrompre mes écrits journaliers jusque vers la mi-août lorsque nous poursuivrons notre navigation.
N’empêche qu’écrire est une drogue et je ne vous promets pas de garder le silence.
J’adresse un grand merci à tous ceux qui me lisent régulièrement.
N’hésiter pas à m’envoyer vos commentaires.
Le 1 mai 1945, l’amiral Karl Dönitz succéda à Aldolf Hitler comme chef d’état et 4e président du 3e Reich.
Le 7 mai il envoie Alfred Jodl à Reims pour signer la capitulation inconditionnelle de son empire et jusqu’au 23 mai, le jour de son arrestation, il s’évertue à faire ramener le plus de soldats Allemands possible vers l’ouest, pour éviter qu’ils ne tombent dans les filets de l’armée Soviétique.
Il fut condamné à dix ans d’emprisonnement pour crimes de guerre par le tribunal de Nürnberg. Interné dans la prison de Spandau, il fut libéré en 1955 et il mourut en 1980 à l’âge de 91 ans.
Albert Speer, l’architecte préféré d’Hitler et Rudolf Hess étaient ses co-détenus ainsi que quatre autre pontes du Reich.
Rudolf Hess qui était très proche d’Hitler au début de la montée du National Socialisme perdit un peu de son influence au début de la guerre au profit de Göring, Goebbels et Himmler.
On croirait l’histoire sortie de la plume d’Hergé, mais le 10 mai 1941, Rudolf Hess subtilise un Messerschmidt Bf 110 qu’il pilote jusqu’en Ecosse. Il abandonne l’avion, saute en parachute dans l’Ayrshire, est arrêté par les Britanniques et il demande de pouvoir négocier avec Churchill la fin des hostilités.
Hitler le déclare fou, les Anglais l’ignorent et Hess termine la guerre dans la tour de Londres.
À Nürnberg il est condamné à perpétuité pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité.
Le 17 août 1987, après plus de quarante ans de détention, Hess est trouvé mort pendu à un fil électrique dans sa cellule, il avait 93 ans.
La version officielle est le suicide, son fils et sa famille défendent la thèse d’un assassinat par la CIA.
Il était le seul et le dernier détenu de la prison de Spandau, les autres prisonniers, dont Speer, avaient été libérés en 1966.
Après sa mort, la prison fut détruite pour éviter qu’elle ne devienne un lieu de pèlerinage.
Je raconte tout cela pour éviter la confusion entre la prison de Spandau qui n’existe plus et qui était située hors ville et la citadelle du 16e siècle qui rayonne de toute sa splendeur et qui fait corps avec la vielle ville.
Nous y passons la matinée et plus, car nous avons rarement vu une construction militaire d’une telle complexité et dans un tel bon état de conservation.
En 1578, le Kurfürst Johann Georg von Brandenburg fit appel à l’architecte Italien, Graf Rochus zu Lynar pour terminer la citadelle qu’avait conçu et commencé à réaliser, Francesco Chiaramella, un autre Italien.
Au fil des siècles elle connut quelques guerres, c’est sa vocation, et lorsque les Anglais la quittent en 1950, elle devient musée et centre culturel.
Nous y découvrons une exposition de peintures et d’aquarelles réalisés par un couple de deux artistes, Matthias Koeppel, Allemand et Sooki, Coréenne. Ils ont eu l’idée de peindre les mêmes sujets chacun avec leur technique propre. Le résultat est remarquable car Sooki met dans ses oeuvre son âme orientale alors que Koeppel adhère à l’école du Berliner Realismus.
Depuis quelques jours il fait très beau et de notre endroit d’amarrage nous plongeons matin, après-midi et soir dans l’eau claire du Havel, quel plaisir que de vivre sur l’eau.
P.S.
Wunsiedel à la une:
Le 21 juillet 2011 la dépouille de Rudolf Hess a été discrètement exhumée, incinérée et les cendres répandus en mer. La concession du caveau familial des Hess n’a pas été renouvelé et la commune de Wunsiedel espère ainsi mettre fin aux manifestations néo-nazies.
Spandau est situé au confluant du Havel et du Spree, les deux rivières de Berlin.
Nous quittons Oranienburg et la ‘Pur Natur’ pour rejoindre le Havel et nous amarrer vers midi au pied de la citadelle dans la marina Wasserfreunde 04.
Ce soir le groupe rock-pop Erasure que nous ne connaissons pas car notre ignorance des groupes pop actuels est sans limites, se produit dans l’enceinte de la citadelle.
Au vu de nos yeux toujours intéressés, l’employé du centre d’information sort un épais dossier et nous fait l’article des concerts programmés cet été en précisant que toutes les places sont vendues, l’endroit est très populaire, merci monsieur.
Sur sa liste, nous reconnaissons quand même Paul Simon, Marianne Faithfull, Nigel Kennedy et Scala & Kolacny Brothers.
Au printemps 1945, l’armée Russe encercla Berlin et la reddition de la citadelle fut négociée sans un coup de feu. Les armes se turent mais un grand nombre de soldats et de civils Allemands tentèrent de fuir vers l’Ouest en passant la Charlottenbrücke.
Malgré leur violent acharnement la « Marsch in die Freiheit » fut arrêtée 24 heures plus tard à Staaken, au confins de Spandau.
En août 1945, la ville et sa citadelle tombèrent entre les mains des Anglais.
par un échange de terrains dont les Soviétique avait besoin pour construire l’aéroport de Gatow.
L’origine industrielle de la ville remonte au Roi de Prusse Frédéric Guillaume I qui en 1722 fonda à Spandau une usine de fusils. Dans la foulée, au 19e siècle, on vit naître ici un laboratoire de feu d’artifice, une usine de poudre, une fonderie de canons, un atelier d’artillerie et des usines de cartouches et munitions.
Ces usines de matériel de guerre furent très utiles pendant la deuxième mondiale et comme toujours, les Ariens partirent pour les fronts et les travailleurs forcés furent amenés à Spandau et logés dans 40 ‘Fremdarbeiterlager’ répartis autour de la ville.
Du ciel, les Alliés détruisirent les usines et la ville. Au sol, les Soviétiques achevèrent le travail.
L’archéologie industrielle est un nos dadas et à l’office du tourisme nous trouvons 5 brochures avec des promenades fléchées au travers des terrains industriels anciens et existants.
Sur l’île Eisenwerder, que nous apercevons du Chat Lune, les ateliers de productions du laboratoire de feu d’artifice sont toujours debout.
En 1949, le producteur de cinéma Arthur Brauner acheta les terrains de l’île et il y créa la CCC (Central-Cinema-Company) (ne pas confondre avec l’organisation de Pierre Carette) et y tourna entre autre le ‘Brave Soldat Schweijk’ avec Heinz Rühman.